Consultation tabacologique ? Les fumeurs en entendent beaucoup parler, mais savent-ils en quoi elle consiste vraiment ? Réponse avec le Dr Gabrielle Errard-Lalande, médecin tabacologue à Tours.
ASGB: Les chiffres de réussite de sevrage tabagique sont-ils bons ?
Dr Lalande : Oui, 70% des personnes qui ont été suivies au moins 9 mois par un tabacologue sont abstinentes un an après l'arrêt.
ASGB : Sont-ils meilleurs que ceux des personnes arrêtant sans aide ?
Dr Lalande : Il me semble important de souligner qu’un fumeur sur deux est capable d’arrêter de fumer tout seul. Un fumeur sur quatre est en état de dépendance sévère et a recours à une consultation de tabacologie. Il y a quand même onze à douze millions de fumeurs actuellement en France, cela fait beaucoup de fumeurs très dépendants.
ASGB : Combien de consultations de tabacologie existent en France ?
Dr Lalande : Il y a actuellement 508 consultations de tabacologie, signalées sur le registre OFT. Pour l’instant, c’est encore très hétérogène sur le territoire français. Le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a annoncé que l’on passerait à 1000 consultations de tabacologie. Il y a encore 4 ou 5 ans, c’était un véritable parcours du combattant pour les trouver. Cela s’est amélioré, la communication s’est faite.
ASGB: A qui s’adressent-elles surtout ?
Dr Lalande : Elles s’adressent à qui éprouve le besoin d’y venir. En réalité, on se rend compte que les personnes estiment en général bien leur capacité à pouvoir se sevrer seul ou pas. On ne reçoit pas de personnes qui ne sont pas dépendantes. Il ne faut pas que les gens aient peur ou honte de venir en se disant qu’ils « prennent la place de quelqu’un d’autre ».
ASGB : Sont-elles individuelles ou collectives ?
Dr Lalande : Auparavant, les consultations étaient individuelles. Depuis 3 ou 4 ans, les structures hospitalières fonctionnent avec des groupes. Souvent, nous fonctionnons en groupe en première intention : information, mise en place du dossier. Ce qui n’empêche pas des consultations individuelles par la suite. A Tours, par exemple, nous n’imposons pas de démarche de groupe.
ASGB : Comment se passe la première consultation ? Et les suivantes ?
Dr Lalande :Que ce soit en réunion de groupe ou individuellement, le premier temps est celui de l’ « alliance », moment où la mise en confiance doit se faire. Ainsi qu’une connaissance et une acceptation mutuelle. C’est également le temps des explications. Les patients sont rendus actifs, le professionnel est là pour mettre ses compétences au service du patient. Ensuite, nous effectuons une analyse fonctionnelle, c’est-à-dire un état des lieux complets sur les liens tissés avec le tabac, la consommation, l’état psychologique, les problèmes de santé sous-jacents… Cette deuxième étape se fait en une ou deux consultations. A la suite de cela, on élabore avec la personne une stratégie d’accompagnement au sevrage, dans des conditions optimales. Je précise que rien n’est jamais imposé à celui qui vient consulter. Les séances suivantes, on réévalue la diminution progressive du tabac ou l’arrêt. Tant que l’on n’a pas trouvé le bon équilibre, je vois les personnes une fois par semaine. Ensuite, une consultation une fois par mois suffit en général. Toutes les consultations restent cependant disponibles en cas de souci.
ASGB: Combien de séances faut-il compter pour un bon suivi ?
Dr Lalande : Il faut compter un suivi assez long, entre 9 et 12 mois. La phase préparatoire et la phase technique durent environ 6 mois. Et il faut compter 6 mois de plus pour une phase de suivi et de maintien. On explique bien aux personnes qui viennent nous voir l’importance que revêt ce suivi régulier. En effet, les personnes qui viennent une ou deux fois sont seulement 5 à 10% à être abstinentes un an plus tard. Alors que celles qui viennent 9 mois sont à 70% abstinentes un an après.
ASGB : Prescrit-on obligatoirement des médicaments ?
Dr Lalande : Non, pas du tout. C’est souvent le cas car ceux qui viennent nous voir sont très dépendants. Mais le nœud d’une consultation de tabacologie, ce ne sont pas les médicaments. La consultation de tabacologie, c’est avant tout une approche motivationnelle, psychocomportementale.
ASGB : Pourquoi aller voir un tabacologue ?
Dr Lalande : Ceux qui veulent arrêter de fumer peuvent tout à fait aller voir leur médecin généraliste. Ce qui fait la différence dans une consultation de tabacologie, c’est la volonté de travailler dans l’écoute active, ce qui prend du temps. Or, les médecins généralistes en manquent. Notre technique « d’accouchement progressif » est une technique qui demande du temps et une formation, ou au minimum une motivation et du temps. Certains médecins généralistes ont la motivation et le font. Nos techniques ne sont pas toujours acquises par les médecins généralistes. Cela étant dit, les tabacologues sont la partie immergée de l’iceberg. Il faut souligner le travail silencieux, de fond, des généralistes et des pharmaciens. Ce sont eux qu’il faut aller voir en premier. Dans tous les cas, nous devons travailler avec le médecin qui suit la personne.
ASGB : Comment sont formés les tabacologues ?
Dr Lalande : Déjà, tous les tabacologues sont médecins. Ensuite, ils complètent leur formation par un Diplôme Universitaire (DU) sur un an, ce qui leur donne une compétence et non pas une reconnaissance à spécialité. Il existe 6 DU de tabacologie en France actuellement.
Je tiens à préciser que le travail des tabacologues est un travail national. Nous sommes très consensuels sur les démarches. Nous n’avons pas le droit de mettre en œuvre des techniques non validées.
ASGB : Que pensez-vous des autres méthodes pour arrêter de fumer, comme l’homéopathie, la sophrologie… ?
Dr Lalande : Certaines approches n’ont pas fait l’objet de validation scientifique. Nous ne les utilisons donc pas. Cependant, rien n’interdit à ceux qui viennent en consultations tabacologiques d’aller voir d’autres thérapeutes pour remédier aux problèmes sous-jacents du sevrage : sommeil, stress…Ce que je crois, moi, c’est qu’on a bien montré que toutes les approches corporelles ont de l’intérêt dans un processus de sevrage mais nous avons du mal à les insérer dans les structures hospitalières par manque de moyens financiers. On peut avoir les spécialistes des techniques corporelles comme partenaires en dehors de l’hôpital, comme nous le faisons à Tours.
ASGB : Un dernier conseil aux fumeurs ?
Dr Lalande : Je leur conseille de faire attention aux moyens financiers. Tout n’est pas pris en charge. On voit des gens qui investissent beaucoup d’argent pour leur sevrage. Je leur conseille d’aller voir un tabacologue, ne serait-ce qu’une fois, pour avoir des informations, même en cours d’une démarche d’arrêt.