ASGB : Actuellement, quelle est l’importance prise par la kinésithérapie respiratoire dans les traitements des maladies chroniques respiratoires ? Bertrand Selleron : La kinésithérapie respiratoire est surtout connue sous l’angle de l’évacuation des sécrétions bronchiques, ce que l’on appelle également désencombrement bronchique. Technique connue et reconnue depuis des années. On remet en question cette technique actuellement alors qu’il y a de plus en plus de validité scientifique pour la réhabilitation respiratoire. La réhabilitation respiratoire a de nombreuses composantes mais celle de l’entraînement physique est cruciale. Les kinés sont les professionnels spécialisés de l’entraînement physique des malades respiratoires, au domicile du patient, dans leur cabinet ou dans les centres de réhabilitation respiratoire. Tous les kinésithérapeutes pratiquent le désencombrement bronchique. La bronchiolite les y a aidés. Par contre, le réentraînement à l’effort est une nouvelle compétence à acquérir. Cette technique peut servir dans les domaines neurologique, gérontologique. On voit actuellement une explosion de la réhabilitation respiratoire de proximité. Les kinés libéraux sont très impliqués. Ils font des journées de formation. Une dizaine de réseaux de kinés existent, dont le réseau « Récupère » dans l’Ouest parisien. ASGB: On sait que la kinésithérapie respiratoire est essentielle mais les malades le savent-ils? Bertrand Selleron : Les malades ne sont pas suffisamment informés. Ceux qui ont une dyspnée pensent qu’ils ne peuvent pas faire d’exercice. Une de leurs stratégies est la sédentarisation. Il faut informer les patients mais l’information ne suffit pas. Il faut que ceux-ci sachent mais aussi qu’ils expérimentent. Ainsi, ils verront que l’activité améliore leur souffle et leur qualité de vie.
ASGB: Parle-t-on suffisamment de kinésithérapie respiratoire aux malades? Bertrand Selleron : Les nouvelles générations de kinésithérapeutes depuis environ 5 ans sont très fortement sensibilisées à l’intérêt de la réhabilitation respiratoire. Depuis une dizaine d’années, ils sont aussi bien informés sur les maladies respiratoires spécifiques.
ASGB : Le malade peut-il apprendre des techniques à faire lui-même de façon quotidienne ? Comment les apprendre ? Où ? Bertrand Selleron : Le but du kiné est d’amener le patient à une auto-gestion de sa maladie. En France, la technique de kinésithérapie respiratoire est active : le patient contracte ses muscles expirateurs. A la différence des pays anglo-saxons où les techniques sont passives Chez nous, nous pratiquons des techniques passives en soins intensifs. Donc, en faisant ces gestes, on les apprend au patient. Le patient est capable de voir quand il a été efficace pour se désencombrer. Pareil pour le le réentraînement à l’effort. C’est toute une méthodologie. Ce sont des activités physiques qui se complètent, des critères de réalisation et d’efficacité : quantité d’exercices réalisés durant une semaine, niveau minimal d’entraînement, conditions dans lesquelles on ne doit pas faire d’efforts. Le réentraînement à l’effort se fait à l’aide d’exercices ciblés, sans aucun matériel ou avec une balle en mousse, une chaise. Dans mon centre, la Clinique des Pins, on pratique la vita-gym, exercices physiques adaptés aux malades respiratoires et à leur mode de vie. Il y a beaucoup de kinés non spécialisés en kinésithérapie respiratoire qui sont très bons. Ils font des formations ciblées et veulent réentraîner leurs patients. On aura cependant toujours besoin de centres de réentraînement spécialisés pour les malades respiratoires et/ou souffrant de problèmes cardio-vasculaires. Il y aura de plus en plus de malades respiratoires dans les années à venir. Aussi, les kinés pratiqueront de plus en plus ces techniques. |