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L'Exploration Fonctionnelle Respiratoire
 
Entretien avec le Dr Marie-France Doré, Maître de Conférences des Universités - Praticien Hospitalier, Service de Pneumologie de l’Hôtel Dieu, Explorations fonctionnelles respiratoires.
 
 
 ASGB : Dans quels cas réalise t-on une exploration fonctionnelle respiratoire (EFR) ?
Dr Doré : C’est un examen qui est effectué pour diagnostiquer une pathologie pulmonaire (une bronchopneumopathie chronique obstructive, de l’asthme…) en cas de symptomatologie évocatrice (toux, dyspnée, expectorations). On réalise aussi des EFR dans le suivi de ces pathologies respiratoires pour surveiller l’évolution de la maladie et/ou pour s’assurer de l’efficacité des traitements.
C’est un examen qui est réalisé pour rechercher une atteinte pulmonaire dans le suivi de certaines maladies systémiques comme la sclérodermie ou pour étudier le retentissement sur la fonction respiratoire de pathologies très diverses (obésité…)
On pratique une EFR avant une intervention chirurgicale thoracique ou abdominale haute.
Enfin, c’est un examen de dépistage systématique, réalisé par ou à la demande de la médecine du travail, pour les professions à risques pour les poumons comme il devrait l’être pour tout fumeur de plus de 40 ans.

ASGB : Comment se déroule cet examen ? A quoi sert-il ?
Dr Doré :
Cet examen se fait en plusieurs étapes mais toutes les étapes ne se font pas à chaque consultation.
Tests de base : spirométrie (volumes pulmonaires, courbe Débit-Volume) ; mesure des volumes non mobilisables (pléthysmographie ou dilution de l’hélium) ; 
Tests complémentaires : test de bronchodilatation, gazométrie (gaz du sang) ; test de transfert de l’oxyde de carbone ; test de bronchoprovocation ; recherche d’un shunt pulmonaire (gaz du sang en O2 pur) ; épreuves d’exercice…
La spirométrie permet la mesure des volumes « mobilisables » et des débits aériens. Il consiste à respirer dans un embout relié à un capteur, spontanément ou en suivant les instructions données. Cela permet d’enregistrer le volume d’air mobilisé pendant la respiration ainsi que les débits expiratoires maximaux.
 
ASGB : Comment cela se passe concrètement ? Quelles sont les différentes étapes ?
Dr Doré : Pour la spirométrie, on respire à travers un embout buccal. Un pince-nez permet d’éviter les fuites. Deux manœuvres différentes sont réalisées. Après avoir respiré normalement dans l’embout, il faut, au signal donné
- soit souffler à fond pour « vider complètement » les poumons puis inspirer à fond pour les remplir au maximum,
- soit prendre une inspiration profonde et maximale, suivie d’une expiration complète et rapide en vidant le plus vite et le plus complètement possible les poumons.
Chacune de ces manœuvres est répétée au minimum trois fois, au maximum huit. 
 
La pléthysmographie est un examen qui se passe dans une cabine transparente (cf photo). Outre les manœuvres précédemment décrites, cet examen permet la mesure du volume d’air qui reste dans les poumons (le volume « non mobilisable ») et des résistances bronchiques. La porte de la cabine est fermée.
Toujours avec l’embout et le pince-nez, le patient effectue quelques manœuvres d’inspiration et d’expiration contre un volet fermé pendant quelques secondes. Ceci permet le calcul du volume résiduel ou des résistances. Plus les bronches ont un calibre réduit, plus leur résistance à l’écoulement de l’air est augmentée.
 
Le test de transfert de l’oxyde de carbone est un examen qui permet d’étudier l’efficacité du passage (la diffusion) de l’oxygène des alvéoles vers le sang. Pour cela, on fait inhaler un mélange gazeux d’air et de monoxyde de carbone ou CO, tenir une apnée de 8 à 10 secondes puis souffler. On analyse les gaz inspiré et expiré, afin d’apprécier la diffusion du CO.
 
Une mesure des gaz du sang (Oxygène et gaz Carbonique) peut être effectuée afin d’apprécier l’efficacité des poumons. Pour cela, un échantillon de sang est prélevé dans une artère, après son passage dans les poumons. Le prélèvement artériel se fait au niveau du poignet (artère radiale), au niveau du coude (artère humérale). On pose ensuite un pansement compressif pendant une dizaine de minutes au point de prélèvement afin d’éviter les hématomes, en raison de la pression qui règne dans les artères.
 
Test de bronchodilatation
Lorsqu’il existe une diminution anormale des débits expiratoires forcés, on fera inhaler un bronchodilatateur et, après un délai suffisant pour avoir une efficacité maximale, on recommencera les tests afin de voir s’il y a une amélioration des valeurs. Ceci permet de préciser quels médicaments conviennent à un patient.
 Cet examen est réalisé s’il existe un trouble obstructif. Le patient inhale une dose déterminée d’un produit bronchodilatateur. Les paramètres respiratoires mesurés après cette inhalation sont comparés à ceux mesurés avant le test. Ce test permet d’évaluer la  réversibilité d’une obstruction.
 
Test de bronchoprovocation est un test effectué lorsque le médecin suspecte une maladie asthmatique. On fait inhaler au patient à plusieurs reprises un agent pharmacologique à doses progressivement croissantes, en répétant après chaque dose les manœuvres d’expiration forcée. Le test est positif (on dit qu’il existe une hyperréactivité bronchique) si l’on constate une diminution significative des paramètres mesurés après chaque dose par rapport aux valeurs mesurées avant le test.
 
 
ASGB : Est-ce désagréable ?
Dr Doré : Ce qui peut être perçu comme désagréable, c’est le fait d’avoir un embout dans la bouche, un pince-nez et de devoir respirer par la bouche. On peut saliver et avoir des nausées. Mais sinon, le seul examen un peu désagréable est la prise de sang !
Les personnes claustrophobes peuvent craindre d’être enfermées dans la « boîte », le pléthysmographe, quoique ses parois soient transparentes.
 
 
ASGB : quelles sont les normes d’hygiène ?
Dr Doré : L’embout, le pince-nez et le filtre anti-bactérien anti-viral sont à usage unique et le reste est stérilisé. L’infirmière se lave les mains entre chaque patient.
 

ASGB : Combien de temps dure cet examen en moyenne ?
Dr Doré : Le temps dépend du nombre de tests réalisés (examen de base ou plus complet), de la coopération du patient et des éventuelles difficultés d’exécution (fatigue…).
L’examen de base dure 15 mn ; 30 mn  si l’on ajoute un test complémentaire et entre 45 mn et 1h30 si l’examen est plus complet ou plus difficile.
 
ASGB : Faut-il se préparer à l’examen ? Doit-on prendre son traitement habituel avant l’examen ?
Dr Doré :
On demande au patient d’éviter de fumer avant l’examen et de ne pas trop manger. Mais il ne faut pas venir à jeun.
Le patient peut être amené à ne pas prendre son traitement habituel (sevrage de 8h à 18h selon le type de bronchodilatateur). 
 
ASGB : Où se passe l’examen ?
Dr Doré :
Dans les Services d’Explorations Fonctionnelles multi-disciplinaires (Physiologie) ou respiratoires (Pneumologie) ou en cabinet de pneumologues.
 
ASGB : Y a t-il des contre-indications ?
Dr Doré : Elles sont exceptionnelles et concernent des examens spécifiques : embolie pulmonaire, pneumothorax, crise d’asthme sévère et décompensation BPCO sont des contre-indications.
 

ASGB : Peut-il y avoir des complications ?
Dr Doré :
Elles sont rarissimes. Le risque de pneumothorax  (décollement de la plèvre suite à une hyperpression provoquée par une expiration violente à travers l’embout) est exceptionnel.
La crise d’asthme provoquée par la répétition des manœuvres chez des sujets asthmatiques prédisposés est un risque exceptionnel également. La transmission de germes d’un patient à un autre était rarissime. Il est maintenant évité grâce à l’utilisation d’embouts buccaux à usage unique et de filtres anti-bactériens et anti-viraux entre l’appareil et l’embout buccal.
 
 
ASGB
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