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Maladies respiratoires

 
Mucoviscidose

La mucoviscidose (ou fibrose kystique du pancréas)
 
Maladie encore grave et chronique, la mucoviscidose touche 1 enfant sur 2000 à 4500, en Europe et aux Etats-Unis. Elle est une des cinq maladies génétiques faisant l’objet d’un dépistage systématique chez le nouveau-né en France. Et la seule ne répondant pas aux critères de l’OMS sur le dépistage à la naissance car on ne dispose pas de traitement pour la soigner (conditions des programmes de dépistage définies par l’OMS : un système de dépistage relativement fiable pour limiter le risque d’erreurs, des tests économiquement supportables pour des maladies relativement fréquentes, des traitements disponibles). Cependant, une prise en charge précoce permet d’allonger la durée de vie des enfants atteints. La recherche progresse. De jour en jour.
 
 
Définition
 
Le mot mucoviscidose vient des mots mucus et viscosité. Les anglo-saxons utilisent le terme de « Cystic fibrosis » ; les Canadiens, fibrose kystique ( du pancréas). La mucoviscidose est la maladie génétique grave la plus fréquente de l’enfance. Evolutive, elle est transmise simultanément par les deux parents (transmission autosomique récessive).
 Il s’agit d’une exocrinopathie généralisée qui touche les glandes séreuses et les glandes à sécrétion séreuse. Sont concernés l’appareil respiratoire, le tube digestif et ses annexes (pancréas, foie, voies biliaires) mais aussi les glandes sudoripares et le tractus génital. Cela se traduit par des troubles digestifs (insuffisance pancréatique) et respiratoires.
 

 
Epidémiologie
 
La fréquence de la maladie est de 1 cas pour 3500 à 4000 naissances, avec des disparités régionales importantes (Ile-de-France, Bretagne où 1 adulte sur 20 est porteur du gène, Provence-Alpes-Côte d’Azur). En France, on compte environ 6000 malades ; 1 personne sur 30 est porteuse du gène, soit environ 2 000 000 d’individus.

L’espérance de vie se situe aujourd’hui à plus de 39 ans (elle a augmenté de 10 ans depuis 1995) pour les patients bénéficiant d’une prise en charge adaptée dans des centres spécialisés.
Le dépistage néonatal est systématique depuis 2002, ce qui permet une prise en charge précoce.
Cette pathologie touche presque exclusivement les individus de race blanche, rarement ceux de race noire et exceptionnellement ceux de race jaune.
 
 

Anatomie et physiopathologie
 
La mucoviscidose est une maladie dont le gène responsable est porté par le bras long du 7ème chromosome. L’anomalie entraîne l’absence ou le dysfonctionnement d’une protéine (Cystic Fibrosis Transmembrane Regulator (CFTR) fondamentale pour l’hydratation des sécrétions.

L’anomalie de CFTR entraîne un défaut de perméabilité des cellules épithéliales sécrétoires. Les sécrétions sont anormalement déshydratées et visqueuses, notamment au niveau du poumon et du pancréas. Au niveau de l’appareil génital également : les hommes atteints sont très souvent inféconds (atrophie ou hypoplasie des voies excrétrices des spermatozoïdes) ; on note une hypofertilité chez la femme par augmentation de la viscosité de la glaire cervicale (la pénétration du sperme au niveau du col de l’utérus est gênée à cause d’un épaississement de la glaire cervicale).
La mucoviscidose est une atteinte des glandes exocrines (où les sécrétions s’extériorisent dans le tube digestif, les voies respiratoires, la peau…) Dans la mucoviscidose, les glandes produisent une quantité anormale d’un mucus visqueux qui bouche les canaux excréteurs et entraîne parfois la formation de kystes.

La mucoviscidose se révèle plus ou moins tôt. Aussi, on peut évoquer plusieurs formes : formes néonatales, formes qui se révèlent au cours de la première année et formes tardives. Les formes néonatales ne représentent que 5 à 10% des cas de mucoviscidose alors que les formes révélées au cours de la première année représentent 80% des cas.

L’évolutivité de la maladie dépend de chaque patient ; pour mesurer cette évolutivité, on utilise en général :

- les épreuves fonctionnelles respiratoires (EFR)
- le dosage pondéral des gammaglobulines sériques, témoignant de l’importance de la suppuration bronchique
- le score de Shwachman, prenant en compte des aspects fonctionnels, respiratoires, nutritionnels et radiologiques.

L’évolution à long terme se fait par poussées conditionnées habituellement par des surinfections virales, mycosiques ou bactériennes, toux de plus en plus fréquente, productive, crachats abondants, dyspnée permanente, cyanose, épuisement, encombrement respiratoire avec fièvre et hémoptysies, dénutrition…
 
 

Signes cliniques
 
Manifestations respiratoires :

Les poumons sont normaux à la naissance mais une obstruction des voies aériennes périphériques puis centrales se développe rapidement, alors que surviennent des infections broncho-pulmonaires répétées. En effet, le mucus bronchique ne remplit plus sa fonction de drainage, ce qui entraîne une obstruction favorisant les infections responsables progressivement de lésions broncho-pulmonaires irréversibles.
 
 
Manifestations digestives :
Atteinte du pancréas
85% des malades présentent une insuffisance pancréatique externe secondaire à une obstruction des canaux pancréatiques.
Le défaut de production d’enzymes pancréatiques, retrouvé chez 85% des malades se manifeste par une malabsorption des graisses et des protéines entraînant diarrhées chroniques et douleurs abdominales. Ce défaut de digestion des graisses entraîne un déficit en acides gras essentiels et en vitamines liposolubles, notamment les vitamines A, D, E et K.
La dégénérescence du tissu pancréatique finit par retentir sur la sécrétion endocrine, se traduisant par une intolérance au glucose pouvant évoluer jusqu’au diabète insulino dépendant. La fréquence du diabète augmente avec l’âge : 13% des malades en sont atteints à 20 ans et 50% à 30 ans.
 
 
Autres manifestations :

· ORL : rhinites, sinusites chroniques et polyposes naso-sinusiennes dont la fréquence augmente avec l’âge.
· Rhumatologiques : arthrite, ostéoporose et douleurs vertébrales liées aux troubles statiques.
· Intestinales : iléus méconial qui affecte environ 18% des nouveaux-nés, reflux gastro-oesophagien et épisodes d’occlusion intestinale distale avec douleurs et distensions abdominales. Le transit intestinal est souvent 2 à 3 fois plus long chez le sujet mucoviscidosique.
· Manifestations hépatiques : stéatose et dans les formes les plus évoluées, une cirhose biliaire, rencontrée chez environ 5% des adultes et qui peut se compliquer d’hypertension portale et d’insuffisance hépato-cellulaire.
· Manifestations biliaires : elles ont une incidence croissante avec l’âge. Elles incluent des anomalies morphologiques de la vésicule biliaire, notamment microvésicule, et des lithiases vésiculaires parfois symptomatiques.
 
 

Moyens de faire le diagnostic
 
- Dépistage néonatal : effectué par dosage de la trypsine (enzyme pancréatique déficiente dans la maladie). Si le résultat du test est douteux, un examen génétique est pratiqué : si la mutation est retrouvée sur le gène CFTR, un test à la sueur sera demandé mais pas avant plusieurs semaines après la naissance, la sueur étant très difficile à recueillir chez un nourrisson.
 
- Test dit « de la sueur », positif dans 98% des cas de mucoviscidose : les patients atteints de mucoviscidose présentent une anomalie de la sueur exocrine (c’est le Professeur Di Sant’Agnese qui l’a découvert en 1953 et qui a mis au point le test à la sueur). Ce test consiste à doser la teneur en chlore et en sodium de la sueur. Le recueil de celle-ci s’effectue après avoir placé sur un avant-bras une électrode dont la stimulation provoque la sudation. Cet examen, indolore, dure quelques minutes. Les taux de chlore et de sodium sont supérieurs à 60mmol/l (millimoles par litre) chez les malades (les taux normaux de chlore et de sodium sont inférieurs à 40mmol/l. Ce test doit être positif deux fois pour pouvoir affirmer le diagnostic.

Devant un tableau clinique, le diagnostic de mucoviscidose peut être porté. Ce diagnostic sera entériné par un test de la sueur.
 

Signes cliniques évocateurs :

- Chez le nouveau-né : occlusion, détresse respiratoire, ictère prolongé.
- Chez le nourrisson : diarrhées chroniques, retard pondéral, infections chroniques respiratoires.
- Dans l’ enfance : diabète, bronchopathie chronique, prolapsus rectal.
- Chez l’adolescent ou l’adulte : retard pubertaire, stérilité masculine, diabète, bronchopathie chronique.
 
 
 

Formes cliniques
 
 
Les tableaux cliniques varient selon l’âge et, pour chaque âge, selon l’expression phénotypique des anomalies génétiques. Dans la grande majorité des cas, l’atteinte pulmonaire est au premier plan.
 
A côté des formes « classiques » de la maladie, on insiste ces dernières années sur l’existence de formes mineures. On désigne ainsi d’une part les formes cliniques dont les manifestations, multi-organiques, sont d’intensité modérée et d’autre part les formes où le tableau clinique est dominé par l’atteinte d’un organe : atteinte pulmonaire apparemment isolée se traduisant par des dilatations des bronches diffuses, aspergillose broncho-pulmonaire allergique ou malabsorption intestinale. Plus récemment, a été mise en évidence une association entre certains états pathologiques et des mutations du gène CFTR. C’est le cas en particulier de l’absence congénitale des canaux déférents et de la pancréatite chronique idiopathique. Les mutations retrouvées sont souvent inhabituelles et la plupart des malades présentant ces affections n’ont et n’auront aucune autre manifestation entrant dans le cadre d’une mucoviscidose. Les considérer comme atteints de mucoviscidose, même de forme « variante », n’est pas accepté par tous (Source : Pr Gérard Huchon, pneumologie et réanimation, Hôtel Dieu in "Pneumologie, Collection Pour le praticien, ).
 
 
Traitement
 
 
Les traitements sont uniquement symptomatiques, encore actuellement (ils ne guérissent pas), à vie et contraignants. Ils sont variables suivant l’âge et la gravité.
La qualité des soins repose sur une collaboration permanente entre médecin traitant, équipe paramédicale (kinésithérapeute, infirmière) et les centres spécialisés.
 

• Kinésithérapie
Kinésithérapie respiratoire au moins quotidienne, qui permet d’assurer le drainage des sécrétions bronchiques, notamment par les techniques d’augmentation du flux respiratoire, qui doivent être adaptées à l’âge de l’enfant : d’abord passive chez les nourrissons, elle devient active chez l’enfant puis, chez l’adolescent et l’adulte, la kinésithérapie évolue vers les techniques d’auto-drainage.
 

• Antibiothérapie
Indispensable lors des poussées infectieuses où elle doit être adaptée au germe en cause. Les cures d’antibiotiques améliorent de façon immédiate et indéniable l’état clinique des patients. Dès lors que l’infection à pyocyanique est chronique, des cures trimestrielles peuvent être mises en route et non plus uniquement sur la seule exacerbation des signes respiratoires. Le bénéfice tiré des cures intraveineuses semble renforcé par une antibiothérapie administrée à domicile par voie d’aérosols (Colimycine ou Tobramycine).
 

• Mesures diététiques
Auparavant, le régime alimentaire classique proposé était hyperprotidique, pauvre en graisses. Il se voulait hypercalorique mais les 130 à 140% des apports recommandés pour l’âge étaient rarement obtenus. L’apparition d’extraits pancréatiques en microsphères gastro-protégées, hautement concentrées en lipase est venue bouleverser ces données, en permettant une diminution franche de la stéatorée. Le régime doit être hypercalorique et hyperprotidique. Les posologies d’extraits pancréatiques doivent être adaptés par les malades eux-mêmes en fonction de leur repas. En cas de dénutrition et d’échec des supplémentations orales hypercaloriques, on met en place une nutrition parentérale (par perfusion) ou entérale (par sonde naso-gastrique ou par gastrostomie) Une supplémentation en vitamines et en oligoéléments (zinc, sélénium) doit être assurée, ainsi qu’un apport de sel en cas de forte chaleur ou de fièvre.
 

•  Autres mesures

- En cas d’insuffisance respiratoire chronique évoluée, l’analyse des gaz du sang peut conduire à une oxygénothérapie nocturne.
- Utilisation d’un fluidifiant bronchique, la DNAse recombinante humaine, administrée par voie d’aérosol une ou deux fois par jour, au moins 30 mn avant une séance de kinésithérapie.
- Exercices physiques fortement conseillés (adaptés à l’état respiratoire du patient).
 
 
Greffe

1.Greffe poumons (ou coeur-poumons)
La greffe pulmonaire est l’ultime recours pour les malades présentant une insuffisance respiratoire avancée.
On a débuté il y a 20 ans par la greffe cœur-poumons.. Dans cette technique, on remplace le bloc « cœur-poumons » du patient par celui du donneur. Le cœur du patient qui est en général sain  peut être greffé sur un malade en attente de greffe cardiaque. A cette technique, on a substitué la greffe pulmonaire avec ses différentes possibilités dont la greffe bi-pulmonaire séquentielle qui remplace les deux poumons un à un. L’indication mucoviscidose représente 2/3 des patients jeunes subissant actuellement ce type de transplantation.
La principale complication à moyen et long terme est le rejet chronique de la greffe pulmonaire, qui se caractérise par un bronchiolite oblitérante.
 
2. Greffe hépatique
La transplantation hépatique est une solution thérapeutique proposée chez les patients atteints de mucoviscidose présentant une insuffisance hépatique terminale.
 
Après une greffe, le patient doit recevoir un traitement immunosuppresseur à vie.
 
 
Traitement préventif
 
 
Les patients  atteints de mucoviscidose doivent éviter les atmosphères polluées, notamment celles polluées par la fumée de tabac.

Ils doivent aussi ne pas être en contact avec les malades ayant la même pathologie. Et faire attention aux eaux stagnantes (le germe pyocyanique s’y développant). Se laver régulièrement les main, en particulier avant et après avoir fait son aérosol et veiller à ce que l’entourage le fasse aussi.

Les vaccinations contre l’hépatite, la grippe, le pneumocoque doivent être effectuées en plus des vaccinations habituelles.
 

Mucoviscidose et sport
 
Il est largement démontré que la plupart des malades peuvent tirer un bénéfice du sport, tant physique que psychologique. Le médecin doit d’abord fixer les limites en s’aidant au besoin des épreuves d’effort. Dans cette appréciation, le kinésithérapeute peut apporter de précieux éléments, dans la mesure où il est quotidiennement en contact avec son patient.

Quel sport ?

Encourager l’exercice aérobique (natation, course, vélo, randonnée, roller) permet de travailler en endurance les poumons et le cœur. La plongée sous-marine est interdite. La natation en piscine est un bon sport, à condition de respecter des principes simples d’hygiène (attention au pédiluve, se sécher les cheveux avant de sortir). La moyenne montagne est recommandée. Le trampoline est très utilisé par les Nordiques.

>> L’activité sportive régulière fait partie intégrante du traitement préventif des enfants atteints de mucoviscidose, et, cela, dès leur plus jeune âge. Plus elle est commencée tôt et plus elle aura des bénéfices physique et moral à long terme.
 
 

Mucoviscidose et grossesse
 
Actuellement, 30 à 40% des personnes atteintes de mucoviscidose sont des adultes. Ce qui pose le problème du désir d’enfant.

Les hommes atteints de mucoviscidose sont très souvent inféconds (de 95% à 98% selon les estimations). Une absence ou une atrophie des canaux déférents ne permet pas aux spermatozoïdes de rejoindre l’urètre. L’existence de spermatozoïdes au niveau du testicule permet d’envisager dans certains cas une fécondation in vitro, en prélevant des spermatozoïdes. La mise au point de cette technique est récente, pas pratiquée partout. En outre, les démarches sont très longues. Les premiers résultats sont encourageants et plusieurs grossesses ont été obtenues de cette façon. Il est possible sinon de recourir à l’insémination artificielle par donneur anonyme.

Les femmes, elles, ne présentent pas de stérilité. Tout au plus peut-on dire que la fertilité de la femme atteinte de mucoviscidose semble réduite par rapport à celle des femmes de la population générale. Cependant, cette notion pourrait devenir obsolète  car des auteurs rapportent que jusqu’à 75% des femmes malades conçoivent un enfant sans problèmes. Une possible explication ? On assiste à une amélioration des traitements respiratoires et nutritionnels, ce qui fait que les femmes atteintes sont de plus en plus en forme.
Si la femme rencontre des difficultés pour avoir un enfant, une insémination intra-utérine voire une fécondation in vitro peuvent être envisagées.
 
Les problèmes physiologiques engendrés par la grossesse peuvent être d’ordre respiratoire, cardio-vasculaire et métabolique. Une femme atteinte qui présente une fonction respiratoire conservée (VEMS >70%) supporte bien les exigences physiologiques de la grossesse. A l’inverse, une femme présentant une fonction respiratoire altérée (VEMS <50%) peut mettre en danger sa vie et celle du fœtus. Une attention particulière doit être portée à l’état nutritionnel de la femme enceinte atteinte de mucoviscidose. Planifier la grossesse avec son médecin permet que celle-ci se passe dans les meilleures conditions
Les enfants nés de mère atteinte sont porteurs d’une mutation sur le gène CFTR. Comme il existe dans la population caucasienne (européenne) 1 porteur sain sur 25, le risque théorique pour l’enfant d’avoir une mucoviscidose est de 2%, lié au risque que son père soit porteur sain et lui transmette une autre mutation du gène CFTR. Il est possible de réaliser un conseil génétique, voire un diagnostique prénatal ou pré-implantatoire si le couple a un risque de 50 ou 25%.

>>Ces remarques ne sauraient effacer cette récente évolution formidable : un certain nombre de femmes atteintes de mucoviscidose peuvent mettre au monde un, voire plusieurs enfants, en bonne santé, sans compromettre la leur.
 
 
Encadré
Mucoviscidose et génétique
La mucoviscidose est une maladie héréditaire qui se transmet sur le mode autosomique récessif, c’est-à-dire que seuls les patients ayant leurs deux chromosomes atteints par la mutation (homozygotes) sont malades. Les hétérozygotes, n’ayant qu’un seul chromosome atteint, représentent environ 4% de la population générale. L’enfant issu de deux parents hétérozygotes a une chance sur 4 d’être homozygote donc porteur de la maladie. Un enfant sur deux ne sera pas malade mais sera porteur du gène anormal et donc pourra transmettre la maladie. Un seul enfant sur quatre n’aura aucun chromosome atteint, ne sera pas malade et ne transmettra pas la maladie.
 
 
Diagnostique prénatal
Ce diagnostic est proposé aux couples hétérozygotes par biopsie de villosités choriales à 12 semaines d’aménorrhée pour l’étude de l’ADN fœtal avec recherche des mutations si celles-ci ont été préalablement identifiées et/ou analyse indirecte familiale avec les polymorphismes intragéniques si la ou les mutations n’ont pas été identifiées.Si le diagnostic prénatal par biologie moléculaire est impossible, une amniocentèse peut être réalisée à 18 semaines pour dosage des isoenzymes de la phosphatase alcaline dans le liquide amniotique. Un taux normal permet d’éliminer une mucoviscidose. Un taux effondré peut correspondre à une mucoviscidose mais aussi à une autre pathologie (faux positif) telle qu’une trisomie 21. Un caryotype doit être effectué dans cette situation.
ASGB
Merci au Professeur Gérard Lenoir, chef de service à l’hôpital Necker-Enfants malades pour avoir relu et validé cet article.
 
Sources :

- Association Vaincre la Mucoviscidose,
- Association Mucoviscidose ABCF, 
- Barthe, Joël, Pneumokinésithérapie, Doin Editions, Paris, 1990.
- Association belge contre la mucoviscidose
 
Choix de bibliographie :

Dutau, Vivre avec la mucoviscidose, Privat, janvier 2007.
 
La recherche, les nouveaux traitements 

Entretien avec le Pr Lenoir, chef du Service de Pédiatrie Générale de l’hôpital Necker-Enfants malades et  Président de l'Association ABCF Protéines.
 
Rencontre à Necker le 1er février 2007.

« Il faut ouvrir trois grands chapitres sur ce qui se fait, ce qui se fera et ce qui se fera dans un futur proche : un sur la greffe pulmonaire, un sur la thérapie génique et un sur la thérapie pharmacologique du CFTR.
 
Commençons par la greffe pulmonaire :

En France, la première greffe cardio-pulmonaire sur un enfant atteint de mucoviscidose a eu lieu en 1988. Jusqu’en 1995, on greffait le bloc cœur-poumons. A partir de 1995, on passe à une greffe pulmonaire, avec la technique bi-pulmonaire séquentielle. Chez l’enfant, cela permet de greffer des segments de poumon et non plus des lobes. On s’adapte ainsi à la taille du sujet à greffer.
Plus de 400 greffes ont été effectuées, dont 80 à necker. Il y a une amélioration très franche des résultats maintenant. Le changement le plus important est celui de l’âge moyen de la transplantation qui passe de 15,6 à 21,7 ans.
 

La préparation à la greffe est fondamentale. Il faut en parler très tôt à la famille et présenter la greffe comme un moyen thérapeutique à moyen ou à long terme. Cela permet de désacraliser, de démystifier la transplantation. On sait que la greffe effectuée en urgence est une catastrophe. Le patient doit être préparé psychologiquement, familialement, nutritionnellement. Il y a peu de greffons, il faut donc planifier le plus tôt possible.
A Necker, les patients sont accompagnés jusqu’à la greffe, vus très régulièrement et soutenus. La préparation est tout autant psychologique que médicale. Nous avons de bons résultats ainsi.
Les résultats à long terme sont très intéressants ; on a des reculs de 17-18 ans, certes pas très fréquents.

On se bat mieux contre les complications ; la bronchiolite oblitérante est la plus fréquente, dans 50% des cas. Cette maladie multi-factorielle équivaut à un rejet chronique du greffon. On arrive à juguler cette bronchiolite oblitérante si on agit sur divers facteurs : facteurs inflammatoires, facteurs infectieux…On arrive à présent à maîtriser assez bien cette complication.
Après la greffe, le suivi est très important. Avec un suivi parfait, on stabilise mieux les lésions. Dès qu’une baisse de 5% du VEMS est constaté, il faut appeler le centre. Une biopsie des bronches sera effectuée. Un traitement anti-rejet et/ou anti-infectieux sera entrepris.

La thérapie génique (qui consiste à remplacer le gène déficient) :

La découverte du gène responsable de la mucoviscidose en 1989, le gène CFTR (cystic fibrosis transmembrane conductance regulator) a ouvert la voie à la thérapie génique. Précisons que la thérapie génique pour la mucoviscidose est tronquée : elle ne concerne que les poumons. Et elle n’est pas encore au point.

Le principe de la thérapie génique consiste à remplacer le gène déficient dans les cellules malades par un gène fonctionnant correctement. On est en train de chercher le bon vecteur pour véhiculer ce «  gène- médicament » jusqu’aux cellules malades : vecteur d’origine virale, ou vecteur lipidique. On essaie d’introduire ce vecteur par aérosol. On s’oriente vers des fragments d’ADN directs. Pour l’instant, les essais sont en cours chez l’animal.

Les chercheurs anglais ont créé un consortium entre plusieurs grands centres, ce sont eux qui avancent le plus vite sur cette question.
On peut se demander si la thérapie génique sera efficace  En effet, la mucoviscidose est une maladie très polymorphe, même si elle est monogénique. Si des malades vont bien à 20 ans et d’autres non, c’est sûrement parce que d’autres gènes que le CFTR agissent.
On peut faire de la thérapie génique avec des médicaments, par exemple pour «  réveiller » des gènes.
 
Thérapie pharmacologique du CFTR :

Cette thérapie est très intéressante mais elle dépend des mutations (plus de 1500 connues). Nous arrivons à un traitement à la carte de la mucoviscidose. Le premier exemple à prendre est celui des mutations-stop. Quand on lit le code génétique, il y a des mutations qui interrompent la lecture. On a découvert que certains médicaments, les aminosides, sont capables de supprimer les mutations-stop prématurées sur le gène CFTR ; ceci permet  alors une transcription normale.
3 à 5% des enfants qui sont atteints de mucoviscidose ont mutations-stop : certains réagissent bien, d’autres non. Ces médicaments sont essayés pour certaines myopathies également.
Ainsi, on peut corriger les conséquences de la mutation des gènes par un médicament. Le gène reste défaillant mais les conséquences de la défaillance sont supprimées au niveau de la protéine.

Les médicaments utilisés sont la gentamycine qui a le désavantage de ne pas pouvoir être administrée par la bouche, et surtout le PTC 124 qui, lui, peut être administré oralement.  Les premiers résultats montrent que le PTC 124 est relativement bien toléré apparemment. On en est à la phase 2b (test sur un nombre suffisant de malades) qui se situe avant la phase 3, phase de pré-commercialisation aux USA et en Europe.
A quoi juge t-on l’efficacité ? Isabelle Sermet, à Necker, a mis au point un test d’électrophysiologie de la muqueuse respiratoire, qui permet de suivre l’effet du médicament. On peut regarder le différentiel du potentiel nasal, vidéo-imagerie sur cellules nasales.
C’est un médicament qui nous donne beaucoup d’espoir : il restaure la protéine normale. On a peut-être des chances de guérison.
 
50% des malades atteints de mucoviscidose « classique » ont une anomalie delta F508 : la molécule fait 1479 acides aminés, il en manque un au tiers de la molécule. En France, 75 % des patients ont une anomalie Delta F508. C’est une mutation qui  fait sortir du noyau une protéine mal faite, qui est reconnue comme anormale. On a donc deux troubles : une protéine mal faite qui fonctionne un petit peu et pas placée là où il faut.
On a à l’essai des médicaments qui doivent empêcher le système de sécurité de la cellule de fonctionner. Une dizaine de médicaments sont testés actuellement.
On s’achemine vers un traitement à la carte de la mucoviscidose, en fonction des mutations.
Il y a encore beaucoup de travail.

Colchicine :
Il nous faut parler de la colchicine en précisant que l’essai n’a pas encore été publié.
CFTR fait partie d’une famille de protéines trans-membranaires, protéines ABC ; ce sont des transporteurs qui font entrer ou sortir des molécules naturelles ou non.
Une molécule très connue, anti-cancéreuse, fait partie de ces transporteurs. Quand une chimiothérapie est effectuée, les protéines ABC transporteuses se réveillent. Ces protéines sont les « camions-poubelles » de la cellule. Le CFTR fait partie de ces « camions-poubelles » de la cellule.

En 1997, un patient atteint de mucoviscidose et d’un cancer, a vu sa mucoviscidose « guérir ». L’hypothèse avancée est que la chimiothérapie entraîne une augmentation des protéines MDR et MRP, protéines ABC (ATP binding cassette). L’anti-cancéreux utilisé aboutirait à la production d’une protéine dite MRP qui remplacerait la protéine CFTR, dont on sait que la mutation est la cause de la mucoviscidose. En dehors de son rôle dans le passage des ions chlorures la protéine CFTR laisse passer un peptide : le glutathion qui débarrasse  la cellule des radicaux libres, très toxiques pour la cellule. C’est en servant de canal au gluthation que la protéine MRP permet de débarrasser la cellule des dangereux radicaux libres.

Nous avons alors cherché un médicament pour stimuler les protéines MDR au maximum. La colchicine agit en ce sens.
Les résultats avec la colchicine sont intéressants : 2 ou 3 enfants sont considérés comme guéris, 1/3 des patients arrêtent les extraits pancréatiques et les patients se sentent mieux dans l’ensemble.
Isabelle Sermet a testé la colchicine sur des souris : la mucoviscidose semble améliorée par la colchicine.

Nous devons publier cet essai. Avant de tester la colchicine chez plus de patients."
 
Propos recueillis par Anne-Sophie Glover-Bondeau
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