La peur de grossir est souvent un frein à l’arrêt du tabac. Or, comme nous l’explique Claire Marino, conseillère en nutrition diplômée en tabacologie, arrêt de la cigarette ne rime pas forcément avec kilos en trop.
ASGB : Est-ce vrai que le fumeur est en sous-poids ?
Claire Marino : Effectivement. En général, une personne qui arrête de fumer retrouve le poids qu’elle aurait fait si elle n’avait jamais fumé. En moyenne, les hommes prennent 2,8 kg et les femmes 3, 8 kg à l’arrêt du tabac. Les femmes ont plus de masse grasse, donc elles ont tendance à prendre plus de poids. Cependant, cela reste modéré.
ASGB : Pourquoi les fumeurs sont-ils en sous-poids ?
Claire Marino : Les cigarettes ont un effet coupe-faim dû à une augmentation transitoire de la glycémie. Mais aussi car la nicotine inhibe la sécrétion d’insuline. D’où un moindre stockage des graisses. Mais c’est une adaptation du cops au début du tabagisme. Et j’insiste là-dessus. Cela n’empêchera pas de prendre du poids si on a un mauvais comportement alimentaire. La cigarette ne fait pas maigrir, je le rappelle. On voit trop de jeunes filles qui commencent à fumer pour maigrir. En général, elles le font à l’âge où elles commencent à prendre la pilule. Et c’est une catastrophe. L’association pilule-tabac est très dangereuse. Je le redis à leur intention, fumer n’empêche pas de prendre du poids.
ASGB : Comment expliquer la prise de poids à l’arrêt du tabac ? Par un changement de métabolisme ?
Claire Marino : Je trouve qu’il est important de rappeler que 30 % des gens ne prennent pas de poids voire maigrissent à l’arrêt du tabac. Ce sont des chiffres que l’on oublie trop souvent. Parmi ces 30%, on trouve souvent des gens minces voire maigres au départ. On considère que quelqu’un est naturellement mince quand l’apport calorique est normal et que la dépense physique est normale également. Un fumeur brûle 200 calories en plus chaque jour en fumant. 200 calories, c’est 1/2h de course ou 1 heure de marche ! Mais c’est aussi moins d’ ½ plaque de chocolat ! A l’arrêt du tabac, il faut augmenter l’activité physique et/ou réduire l’apport calorique.
La prise de poids s’explique aussi par le fait que le fumeur retrouve ses sensibilités olfactives et le goût. Il est souvent attiré par les choses fortes, grasses, sucrées.
ASGB : Peut-on évoquer un type de fumeur ayant plus de risques de prendre du poids ?
Claire Marino : Non, pas du tout. Il n’y a pas de profil-type. On ne peut absolument pas savoir qui va prendre du poids. Cependant, au cours des trois premières semaines suivant l’arrêt du tabac, on voit assez vite ceux qui vont prendre beaucoup de poids et on peut intervenir très vite. Au-delà, il y a peu de chance pour que l’on prenne plus que la moyenne. Il faut se surveiller dès le début. Faire un régime au début d’un sevrage n’est pas une bonne idée car cela surajoute du stress. Il faut se laisser un peu de temps. Et surtout préparer son arrêt.
ASGB : Quelle préparation ?
Claire Marino : Avant d’arrêter, il est bien de rencontrer quelqu’un qui explique ce qu’est l’équilibre nutritionnel. En préparant son arrêt, on a moins de risques de prendre du poids. Préparer son arrêt, c’est avoir une bonne vision de l’équilibre nutritionnelle et prévoir de se dépenser plus. Un fumeur doit se dire « Je vais arrêter de fumer. Qu’est-ce que je vais préparer ? ». C’est encore plus important pour ceux qui ont peur. On peut prévoir plus de marche tous les jours, des exercices physiques supplémentaires.
ASGB : Est-ce que les fumeurs pris en charge par un professionnel (tabacologue par exemple) ont moins de risques de grossir ?
Claire Marino : Dans l’ensemble, c’est vrai. Les professionnels étudient le profil du fumeur, ce qui permet de bien doser les substituts nicotiniques. Quelqu’un qui est bien dosé connaîtra souvent une prise de poids minime. En général, les tabacologues sont souvent très soucieux du problème de la prise de poids. Les spécialistes de la nutrition sont là pour ça également.
ASGB : Peut-on parler de prise de poids acceptable ?
Claire Marino : La prise de 2, 8 kg chez les hommes et 3,8 kg chez les femmes est acceptable. En réalité, seuls 10% des hommes prennent plus de 10 kgs à l’arrêt du tabac et seulement 13 % des femmes plus de 13 kgs. Cela dit, ces chiffres sont des moyennes et si l’on considère qu’une prise de poids de 5 Kg correspond à changer d’une taille de vêtements cela peut être inacceptable pour certaines personnes.
ASGB : Un fumeur qui a pris du poids à l’arrêt reprend souvent la cigarette et a peur de refaire une tentative d’arrêt. Avec raison ?
Claire Marino : non, plus on essaie d’arrêter et plus un travail se fait à l’intérieur. Chaque tentative de sevrage est une étape dans la compréhension de son tabagisme. J’ai une patiente qui avait pris 10 kilos et 15 kilos lors de ses deux premières tentatives. Là, cela fait huit semaines qu’elle a arrêté la cigarette et elle n’a pris que 2 kilos et son poids est stable. Une personne qui arrive à régler le problème qui se cache derrière la cigarette ne prendra pas forcément de poids.
ASGB : Comment ne pas prendre de poids ?
Claire Marino : En prenant des substituts nicotiniques quand on en a besoin et en faisant une rééducation nutritionnelle avant l’arrêt. Il ne faut pas faire un régime draconien, type régime protéiné au début du sevrage. Cela conduit souvent à la catastrophe. Il faut mettre plus d’activités physiques au programme. Une fois que le sevrage est stabilisé, on peut envisager de perdre les kilos superflus. Mais pas avant.
ASGB : Que pensez-vous des méthodes dites « méthodes douces » pour arrêter de fumer ?
Claire Marino : J’y suis favorable. Un de mes patients a arrêté de fumer grâce à l’acupuncture. Je trouve ça très bien. Même si ce n’est pas scientifiquement prouvé, du moment que cela fonctionne, ça ne me pose pas de problème. La seule chose qui compte, c’est que le patient arrête de fumer. Ces méthodes appelées « méthodes douces » permettent une approche différente du patient. Souvent complémentaire des méthodes plus classiques. C’est un domaine qui m’attire de plus en plus.
Propos recueillis par Anne-Sophie Glover-Bondeau
| RAPPEL Un repas équilibré contient : - Des crudités - Viande, poisson ou œufs - Légumes verts ou féculents - Un produit laitier - Un fruit Ceci est une règle de base. On peut personnaliser par la suite. |
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