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Substituts nicotiniques, Zyban et Champix

 

Substituts nicotiniques,  Zyban et  Champix sont trois méthodes-phare pour arrêter de fumer. Quand et comment les utiliser ? Avis du  Dr Nadia Lahlou, médecin tabacologue au Groupe Paris Saint-Joseph (Paris 14ème) et au Centre de santé Jack Senet (Paris 15ème)
 
 
ASGB : Peut-on conseiller les substituts nicotiniques aux petits et aux gros fumeurs ?
Dr Lahlou : Oui, les substituts nicotiniques peuvent être utilisés par tout fumeur souhaitant s’arrêter. Mais, bien sûr, il faudra que la forme et la dose soient adaptées au degré de dépendance de chacun.

ASGB : Vaut-il mieux passer par un médecin ?
Dr Lahlou :  Il y a autant de cas que de fumeurs. Les substituts nicotiniques sont effectivement en vente libre en pharmacie. N’importe qui peut les acheter, avec ou sans le conseil du pharmacien. Pour certains, cela fonctionne très bien. En revanche, il est recommandé aux gros fumeurs d’avoir un avis médical. Pour un très gros fumeur, par exemple, un patch peut ne pas suffire et il faudra lui associer des formes orales. Un médecin saura déterminer la dose de nicotine nécessaire. De la même façon,  il est conseillé de consulter un médecin si plusieurs tentatives d’arrêt se sont soldées par des rechutes, en cas de dépression ou de grossesse. Par ailleurs, le soutien psychologique est important.

ASGB : Peut-on dire que les substituts sans suivi médical ont moins d’efficacité ?
Dr Lahlou : Un suivi augmente en effet les chances de succès. Mais de nombreux fumeurs arrivent à arrêter tout seuls. En particulier ceux qui consomment 4 ou 5 cigarettes par jour. Ils peuvent réussir à arrêter avec des formes orales de substituts nicotiniques : gommes à mâcher ou comprimés à sucer.

ASGB : Les chiffres de sevrage restent tout de même faibles (18% de réussite)...
Dr Lahlou : Je n’aime pas trop ces chiffres donnés de façon brute. Bien les interpréter nécessite de savoir quels types de fumeurs étaient inclus dans les études, quelle était leur consommation quotidienne, leur degré de dépendance, leur traitement précis. Lorsqu’on est avec un fumeur en consultation de tabacologie, il n’y a que deux cas de figures possibles : l’arrêt du tabac et son maintien ou une rechute. Ce que l’on peut dire, c’est qu’avec les substituts, on multiplie par 2 à 3 les chances de succès. Précisons que quel que soit le traitement, aucun n’est miraculeux. La motivation est très importante. Avec un réel souhait d’arrêter et une méthode efficace, on a toutes les chances de réussir à arrêter.
 

ASGB : Comment utiliser au mieux les substituts nicotiniques ?
Dr Lahlou : Tout d’abord, il faut signaler qu’ils sont tous efficaces. Chaque fumeur doit avoir la bonne dose et trouver la forme qui va lui convenir. Les pharmaciens peuvent donner ce conseil. Ils ont à leur disposition plusieurs outils. Le test de Fagerström tout d’abord.  Puis, dans l’idéal, mais peu de pharmacies en sont équipées, il faudrait mesurer le taux de monoxyde de carbone (CO) inhalé  avec un petit appareil, le CO-testeur. Sa mesure permet d’évaluer l’importance de l’intoxication tabagique et la manière dont la personne fume ; elle aide donc à définir le traitement nécessaire. Il faut savoir que certaines personnes ayant fumé par exemple 7 cigarettes peuvent avoir un taux plus élevé de monoxyde de carbone que d’autres en ayant fumé 15. Et cela car ils inhalent beaucoup plus. Cette mesure est systématique en consultation de tabacologie car ensuite, lors de l’arrêt au tabac, la diminution du taux de CO qui est observée est un encouragement.
 
ASGB : Pourquoi prescrire du Zyban ou du Champix ? Quel intérêt par rapport aux substituts nicotiniques ?
Dr Lahlou :  Le zyban et le Champix sont des traitements disponibles uniquement sur prescription médicale et pour lesquels il est impératif de respecter les contre-indications Mon avis personnel est que tous ces traitements, qui ont chacun un mécanisme d’action différent, font partie de la panoplie médicamenteuse d’aide à l’arrêt. Les taux de réussite de sevrage tabagique avec le Zyban sont légèrement supérieurs à ceux obtenus avec les substituts nicotiniques. Le Champix est un peu plus efficace que le Zyban, mais ce n’est pas non plus un produit miracle. Quant aux substituts nicotiniques, ils sont efficaces, quelle que soit leur forme, entraînent peu d’effets secondaires et coûtent généralement moins cher qu’un traitement par Zyban ou Champix. Le choix du traitement doit donc se faire au cas par cas.
 
ASGB : On  parle de produits miracles. Or, les chiffres de sevrage sont de 20-30 %. Là encore, peu-on dire que le médicament sans accompagnement ne suffit pas ?
Dr Lahlou : Il n’y a pas de produit miracle dans l’arrêt du tabac. Beaucoup de fumeurs demandent du Zyban ou du Champix car ils pensent que ceux-ci vont tout faire à leur place. En réalité, une réelle motivation et un travail psychologique et comportemental est nécessaire, quel que soit le traitement utilisé.
 

ASGB : Que pensez-vous des méthodes non reconnues ? Homéopathie, sophrologie, acupuncture … ?
Dr Lahlou : Ces méthodes n’ont pas prouvé scientifiquement leur efficacité. Elles risquent d’être insuffisantes pour un fumeur dépendant et de le conduire à la rechute. S’il s’agit d’une méthode sans danger, comme l’homéopathie ou la sophrologie, ceux qui le souhaitent peuvent y avoir recours mais, s’ils  sont fortement dépendants, en plus d’un des traitements évoqués ci-dessus. Pour l’acupuncture, il est conseillé d’aller dans des cabinets sérieux. Et sinon, il faut être vigilant sur c²e qui est proposé sur internet et se méfier de tout ce qui coûte très cher : ce sont souvent des arnaques financières.
 
 
Pour en savoir plus :

Dr Kamel Abdennbi et Dr Nadia Lahlou, Arrêt du tabac, rumeurs et réalités, Medi-Text Editions, Paris, 2005.

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