L’asthme, première maladie respiratoire de la femme

 

“L’asthme à l’âge adulte touche davantage les femmes” informe le Pr Camille Taillé, pneumologue dans le service de Pneumologie et Centre de Compétence des Maladies Pulmonaires Rares, Hôpital Bichat-Claude Bernard (Paris). Après l’adolescence, la prévalence de l’asthme est plus élevée chez les femmes que chez les hommes, alors que dans l’enfance l’asthme est plus fréquent chez les garçons. Dans les cohortes d’asthme sévère, on retrouve en général 60% de femmes.

 

“Les femmes sont plus à risque de développer un asthme à l’âge adulte” indique le Pr Camille Taillé. “On ne sait pas trop bien expliquer cette épidémiologie particulière” précise-t-elle. “On sait en revanche que les femmes en surpoids ou obèses ont plus de risque de développer un asthme non atopique, alors que cette relation entre obésité et risque d’asthme est moins forte chez l’homme” explique le Pr Taillé. La cause serait peut-être à chercher dans une interaction entre tissu adipeux et hormones sexuelles. Les travaux de recherche sont compliqués par les fluctuations naturelles des taux hormonaux.

 

Il est probable qu’il faut envisager l’effet des hormones sexuelles non pas selon leur taux, mais plutôt selon les rapports entre androgènes et œstrogènes. “On a souvent tendance à résumer l’asthme de la femme à des problèmes d’hormones sexuelles, cela est beaucoup plus complexe que cela” conclut le Dr Taillé. Les différences entre l’asthme des hommes et des femmes auraient des causes certes hormonales, mais aussi immunologiques et métaboliques.

 

Le saviez-vous ? Les femmes asthmatiques sont souvent considérées comme plus observantes que les hommes.

 

L’asthme au féminin tout au long de la vie

L’asthme au féminin se caractérise par des variations fréquentes au cours de la vie de la femme. Traditionnellement, 4 périodes sont retenues : puberté, période d’activité génitale, grossesse, ménopause. Zoom sur ces périodes, avec l’éclairage du Dr Camille Taillé.

 

– Asthme et puberté

Pourquoi la tendance observée dans l’enfance (garçons plus touchés) s’inverse-t-elle au moment de l’adolescent ? “Plusieurs hypothèses sont avancées : les hormones sexuelles encore une fois, avec un effet supposé protecteur de la testostérone (myorelaxant et antiinflammatoire) ; le tissu adipeux qui se développe différemment selon le sexe, avec un tissu adipeux viscéral métaboliquement différent du tissu adipeux sous cutané ; l’activité physique qui se réduit chez les filles à cette période, associée parfois au début du tabagisme et une modification du mode de vie, le début de la contraception.. ; enfin un rapport entre taille du poumon et calibre des bronches différent par rapport aux garçons (phénomène de dysanapsis) qui pourrait contribuer au développement d’une hyperactivité bronchique” informe le Dr Camille Taillé. Le phénomène est aucun sans doute complexe !

 

– Asthme et périodes d’activité génitale

30 à 40% des femmes verraient leurs symptômes d’asthme s’aggraver avant et/ou pendant les règles : c’est l’asthme dit prémenstruel. “Deux pics de symptômes sont observés au cours du cycle menstruel : un avant l’ovulation (pic d’œstrogènes) et un juste avant les règles (effondrement des taux d’œstrogène et de progestérone), ce qui va à l’encontre d’un effet direct des hormones sexuelles sur la réactivité bronchique. On évoque le rôle de mouvements liquidiens (rétention hydrique prémenstruelle) qui provoquerait un œdème bronchique responsable de l’augmentation des symptômes. Des mécanismes inflammatoires sont évoqués également, sans démonstration très séduisante à ce jour” explique le Dr Camille Taillé. Les solutions qui peuvent être proposées aux femmes ayant une aggravation de leurs symptômes au moment des règles ? Une majoration du traitement de fond ou la prescription d’une pilule oestroprogestative pour bloquer l’ovulation. Là encore, il n’y a pas de données solides pour valider cette attitude qui relève plus du bon sens que de l’evidence based medicine..

 

– Asthme et grossesse

“Des études qui datent un peu montraient que 30% des femmes voyaient leur asthme s’aggraver au moment de la grossesse. Cela est peut-être moins vrai aujourd’hui car la prise ne charge est différente” informe le Dr Camille Taillé. “La grossesse peut en effet déséquilibrer l’asthme mais lorsque cela arrive, il faut surtout se poser la question de l’observance du traitement ” souligne-t-elle. Les femmes arrêtent fréquemment leur traitement de fond de l’asthme de leur propre chef quand elles sont enceintes, d’autres sont incitées à le faire par leur médecin, par crainte des effets secondaires Ce qui expliquerait l’aggravation de l’asthme pour certaines femmes. “Il est important de rappeler que la grande majorité des traitements inhalés peuvent être poursuivis à tous les termes la grossesse, notamment les corticoïdes inhalés; cela contribue au maintien du contrôle de l’asthme. Or on sait que le bon contrôle est associé au bon déroulement de la grossesse. En cas de doute sur l’innocuité d’un traitement pendant la grossesse, il est possible de se renseigner sur le site du CRAT (http://lecrat.fr) ” explique la pneumologue. Le traitement des comorbidités (tabac bien sûr mais aussi reflux, rhinite, apnées du sommeil, contrôle pondéral..) de même que la prévention des infections virales par la vaccination restent également des éléments importants de la prévention des exacerbations, parfois négligés par les obstétriciens et qui doivent être pris en charge par le pneumologue.

 

– Asthme et ménopause

Une partie des femmes deviennent asthmatiques à l’âge de 50 ans. “Il n’y a pas forcément que la carence hormonale qui explique l’apparition de cet asthme” informe le Dr Camille Taillé. A cet âge, d’autres choses se modifient : le tissu adipeux toujours, l’activité physique, le mode de vie… Autant de facteurs qui pourraient jouer un rôle. Le type de ménopause (chirurgicale ou naturelle) et le type de traitement hormono-substitutif pourraient également influencer le risque d’asthme. Cependant, ceci ne doit pas contre indiquer un traitement hormonal s’il est nécessaire.

 

Témoignages : asthme et grossesse

Gwenaëlle, 32 ans

Combs-la-Ville (77)

“Je suis asthmatique, enceinte de 7 mois et je vais bien”

“Je ne bénéficie pas d’un suivi particulier. En revanche, mon médecin m’a dit de bien pendre mon traitement pendant toute la grossesse, que les traitements étaient compatibles avec la grossesse. Ce que je fais donc ! J’avoue que j’étais inquiète, car sur les forums en ligne plein de femmes décrivent une grossesse difficile avec de l’asthme. “

 

Nathalie, 35 ans

Paris 15ème

“Asthmatique, ma deuxième grossesse est difficile”

“Pour ma première grossesse, il y a 4 ans, je n’ai eu aucun souci. J’ai même pu arrêter mon traitement de fond, sur les conseils de mon médecin. Là, je suis on enceinte de 4 mois et demi et j’ai déjà eu plusieurs crises d’asthme. Je suis essoufflée malgré les traitements. Du coup, je suis arrêtée. Et je suis inquiète pour mon bébé. Mon gynécologue me rassure et me dit que les traitements ne sont pas nocifs pour mon bébé et que celui-ci se porte bien. Je dois revoir mon pneumologue dans 15 jours. Je verrai ce qu’il me dit.”

 

 

Cancer du poumon, en explosion chez les femmes

 

Le cancer du poumon chez la femme était une maladie rare au début du XXème siècle. Son incidence a fortement augmenté depuis 40 ans dans les pays développés et le nombre de cancers du poumon est en augmentation constante chez les femmes alors qu’ils sont en diminution chez les hommes. Entre 2005 et 2012, le taux d’incidence du cancer du poumon chez les femmes a augmenté de 5,4% par an en moyenne.

 

L’épidémie de cancer du poumon chez les femmes va encore augmenter dans les 30 prochaines années dans de nombreux pays d’Europe, dont la France, en lien avec l’historique du tabagisme féminin.

 

La mortalité par cancer du poumon augmente de façon assez semblable à l’incidence. Entre 2005 et 2012, l’augmentation annuelle de la mortalité était de 4,6%.

 

Les chiffres à retenir : Le cancer du poumon se place en 3ème place des cancers chez les femmes (14821 cas estimés en 2015) mais c’est la deuxième cause de décès. En France, le nombre de décès estimés pour 2015 est de 9565 femmes. En comparaison, le nombre de décès par cancer du sein est estimé à 11 900 pour 2015.

 

Des projections réalisées en 2015 annonçait que la mortalité par cancer du poumon devrait dépasser la mortalité par cancer du sein en Europe (la mortalité par cancer du sein est, elle, en diminution). Les chiffres ne seront connus que dans quelques années. (1)

 

Aux Etats-Unis, la mortalité par cancer du poumon est déjà supérieure à la mortalité par cancer du sein depuis 1987.

(1) European cancer mortality predictions for the year 2015: does lung cancer have the highest death rate in EU women ?’, Malvezzi, M., Bertuccio, P., Rosso, T., Rota, M., Levi, F., La Vecchia, C., Negri, E. (2015), Annals of Oncology.

 

Sources : les cancers en France en 2016. L’essentiel des faits et des chiffres, Collection Les données/ Epidémiologie, février 2017

 

Les femmes, plus vulnérables aux effets du tabac

Les femmes fumeuses ont un risque de cancer bronchique 1,5 à 3 fois supérieur à celui des hommes fumeurs, à tabagisme égal. En outre, 3 fois plus de femmes non fumeuses que d’hommes non-fumeurs ont un cancer du poumon, cela en partie en lien avec une exposition au tabagisme passif. Se pose donc la question d’une vulnérabilité féminine, biologique et génétique, au tabagisme. Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer cette vulnérabilité, notamment un rôle des hormones, les œstrogènes notamment.

 

Les particularités du cancer du poumon chez la femme

Les explications du Pr Julien Mazières, pneumologue et oncologue au CHU de Toulouse

« Il y a des points communs entre hommes et femmes en ce qui concerne le cancer du poumon, mais il y aussi des différences. Nous essayons de mieux comprendre ces dernières afin de voir si nous pouvons traiter certaines femmes différemment.

 

Les présentations cliniques sont différentes :

  • les femmes présentent des tumeurs plus périphériques, elles ont plus d’adénocarcinomes que de cancers épidermoïdes.
  • Les cancers du poumon chez la femme sont moins liés au tabagisme.
  • On trouve plus d’anomalies génétiques et moléculaires dans les cas de cancer du poumon chez les femmes (75% d’anomalies moléculaires chez les femmes contre 50% chez les hommes). Cela nous permet de faire plus de thérapies ciblées, qui ciblent notamment le gène EGFR, plus souvent anormal chez les femmes que chez les hommes. Ces traitements personnalisés donnent de meilleurs résultats que la chimiothérapie.

 

Nous essayons de savoir s’il existe une interaction avec des facteurs hormonaux et si les traitements hormonaux agissent sur la biologie du cancer. Des études sont ont été réalisées chez l’animal. Avec mon équipe en partenariat avec l’IFCT, nous avons fait un essai qui vise à ajouter un traitement anti-hormonal aux thérapies ciblées chez des femmes ayant un cancer du poumon. Les résultats seront connus dans quelques mois. »

 

Témoignage

“J’ai regretté amèrement d’avoir fumé”

Nathalie, 59 ans (Annecy)

“Il y a 6 ans, alors que je venais d’être grand-mère pour la première fois, le ciel m’est tombé sur la tête. Mon médecin m’avait fait passer des examens car j’avais une bronchite chronique…Et j’ai appris que j’avais un cancer du poumon. Je fumais depuis l’adolescence, aussi je me suis sentie coupable, j’ai eu honte, en plus d’avoir très peur de ne pas voir grandir mon petit-fils. J’ai arrêté de fumer très vite, moi qui n’avais jamais réussi à le faire. Les traitements se sont enchaînés : chimiothérapie, intervention chirurgicale à avec ablation d’une partie du poumon, puis radiothérapie. Je suis en rémission, heureuse d’être en vie, mais je vis dans la grande crainte d’une rechute.”

 

 

 

BPCO : de plus en plus de femmes touchées

 

 

La broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) est une maladie des bronches qui se traduit par une inflammation chronique de celles-ci. Le principal facteur de risque de le BPCO est le tabagisme.

 

En France, la BPCO concerne 3 à 4 millions de personnes. Et de plus en plus de femmes.. Elles représentent aujourd’hui 40 à 45% des malades. Une augmentation qui s’explique en partie par le fait que les femmes sont de plus en plus nombreuses à fumer. Et, à tabagisme égal, les femmes souffrent plus des effets du tabac que les hommes. ” Mais les femmes sont également plus sensibles aux toxiques respiratoires : inhalation de produits ménagers et professionnels, exposition à la biomasse” informe le Dr Anne Prud’homme.

 

BPCO côté femmes, des spécificités

 

La BPCO chez la femme diffère de la maladie chez l’homme, et cela sur plusieurs points. Les explications du Dr Anne Prud’homme, pneumologue, Chef de Service des maladies respiratoires au CHU de Tarbes.

 

  • La BPCO est plus précoce et plus grave chez les femmes. Elle a un pronostic moins bon.
  • Les comorbidités (maladies chroniques associées) sont différentes : les femmes ayant une BPCO ont moins de risque de maladies cardiovasculaires que les hommes. En revanche, elles sont plus nombreuses à souffrir d’ostéoporose, d’anxiété et de dépression. En outre, les femmes atteintes de BPCO ont plus de risque que les hommes ayant une BPCO de développer un cancer du poumon.
  • Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à avoir de façon associée un asthme et une BPCO, un Asthma-COPD Overlap Syndrome (ACOS). Les personnes ayant un chevauchement de l’asthme et de la BPCO (ACOS) présentent plus de symptômes et d’exacerbations que les patients asthmatiques ou BPCO purs. “Un diagnostic d’ACOS doit donner lieu à un bilan chez un pneumologue” informe le Dr Anne Prud’homme.

 

Diagnostic de la BPCO chez les femmes, encore trop souvent tardif

“La clé de voûte du dépistage précoce de la BPCO chez les femmes -un diagnostic rapide étant d’autant plus important que l’évolution naturelle de la maladie est plus grave que chez les hommes- ce sont les médecins généralistes” indique le Dr Anne Prud’homme. “Voilà pourquoi des campagnes répétitives d’information sont diffusées”. Le message : le symptôme majeur de la BPCO est la dyspnée ; l’essoufflement doit faire penser à la BPCO et pas seulement à l’asthme. “Les généralistes pensent généralement à l’asthme chez une femme qui se plaint d’essoufflement mais pas à la BPCO” indique le Dr Anne Prud’homme. ” Encore trop de femmes sont diagnostiqués trop tardivement alors qu’elles ont déjà un handicap important à 40-45 ans” déplore-t-elle. Les choses pourraient cependant s’améliorer car les médecins généralistes commencent à s’équiper de mini-spiromètre pour ne pas occulter une maladie bronchique chez les femmes (et bien sûr les hommes aussi) présentant une dyspnée.

 

Témoignage

Nathalie, 47 ans (Genève, Suisse)

“Atteinte de BPCO, ma plus grande crainte est de voir ma fille de 16 ans commencer à fumer”

“J’ai 47 ans et cela fait 6 ans que je sais que j’ai une BPCO. J’étais une grosse fumeuse, et, ce, depuis mes 15 ans. J’avais des bronchites chroniques à répétition, je respirais mal. Le fait de fatiguer à l’effort me déprimait et j’ai été soignée pour une dépression. Un médecin m’a enfin envoyé faire des examens car j’étais très essoufflée. J’ai eu beaucoup de mal à arrêter de fumer. Mais j’y suis arrivée. Ma vie avec une BPCO, c’est une vie difficile. Je me sens diminuée. Je ne peux plus danser alors que j’adorais cela. J’espère que ma fille ne commencera pas à fumer. C’est une de mes plus grandes peurs maintenant. “

 

 

Fiche santé : Maladies respiratoires chez la femme : quelle prévention secondaire ?

 

Les conseils du Pr Chantal Raherison-Semjen, pneumologue au CHU de Bordeaux.

 

  • Il vaut mieux ne pas fumer. Si vous fumez, faites-vous accompagner pour arrêter. Il est parfois difficile d’arrêter du jour au lendemain. Une diminution progressive du tabac est tout à fait possible.
  • Le tabac est un facteur de risque important dans les maladies respiratoires mais les produits ménagers peuvent aussi nuire à la santé respiratoire. Les études montrent ainsi que l’utilisation de sprays ménagers est liée au développement d’une hyperréactivité bronchique et une incidence augmentée d’asthme. N’utilisez pas de sprays détergents. Mieux vaut privilégier des produits sous forme de crèmes.
  • La vaccination anti-grippale et anti-pneumococique est un point important de prévention des infections virales et bactériennes. Pour les femmes souffrant d’asthme ou de BPCO, c’est essentiel en prévention des exacerbations.
  • Une activité physique régulière est bénéfique. Pas besoin de pratiquer un sport de façon intensive. Ce qui compte, c’est d’avoir une activité physique régulière !
  • Enfin, si vous avez une maladie respiratoire, prendre son traitement de fond est une manière de prévenir l’apparition de manifestations sévères ou graves.