bronchoconstriction

NOTRE GRAND DOSSIER : ASTHME ET ENVIRONNEMENT, DE NOMBREUX LIENS

La prévalence de l’asthme est en constante augmentation, notamment chez les enfants.
En France, aujourd’hui 6 % des adultes et 10 % des enfants sont asthmatiques. Au cours des 5 dernières années, le nombre hospitalisations pour asthme a augmenté, en particulier chez les enfants. C’est la première cause d’absentéisme scolaire. L’asthme est donc plus que jamais un authentique problème de Santé Publique.

L’asthme, une maladie liée à l’environnement
Qui dit asthme dit environnement. L’environnement joue un rôle dans la survenue de l’asthme et est un déclencheur des crises d’asthme. Ce sont des facteurs environnementaux, allergiques ou non allergiques, qui sont à l’origine de l’inflammation des voies respiratoires.
Le contrôle de l’environnement est donc un paramètre important dans la prise en charge de l’asthme. Les asthmatiques doivent savoir se protéger des déclencheurs environnementaux, que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur, dans toutes les circonstances, y compris lors de leurs vacances ou pendant leurs loisirs. Pour cela, l’éducation thérapeutique du patient, via les écoles de l’asthme en particulier, est essentielle, tout comme des conseillers médicaux en environnement intérieur, d’une aide précieuse.

La Fondation du Souffle, son rôle essentiel d’information
L’asthme est bien sûr un sujet très important pour la Fondation du Souffle, aujourd’hui encore plus qu’hier car cette maladie concerne de plus en plus de personnes. Une de ses missions est d’informer sur la maladie, mais aussi et surtout sur « comment mieux vivre avec son asthme ? »

Cette Lettre du Souffle en est un parfait exemple. Elle donne les clés pour comprendre les liens entre asthme et environnement et explique comment contrôler son environnement, un facteur clé d’amélioration de la vie des asthmatiques.

Asthme et environnement

Pr Chantal Raherison-Semjen

Pneumologue INSERM U1219 Bordeaux Population Health Université de Bordeaux
Comité Stratégique de la Fondation du Souffle

 QU’EST CE QUE L’ASTHME ?

 

asthme

L’asthme est un désordre inflammatoire chronique des voies respiratoires. L’inflammation chronique, associée à une hyper-réactivité des voies respiratoires, aboutit à des épisodes répétés de sifflements, d’essoufflement, de sensations de blocage de poitrine et de toux, particulièrement la nuit ou tôt le matin. C’est une maladie chronique fréquente.

Plus de 4 millions de Français souffrent d’asthme dont 400 000 d’un asthme sévère. La prévalence de l’asthme est en constante augmentation, en particulier chez l’enfant. En France le pourcentage de personnes asthmatiques a augmenté de 40 % ces 20 dernières années. Dans le monde, 334 millions de cas d’asthme ont été recensés en 2015 contre 235 millions en 2002-2003. Chez l’enfant, c’est la maladie chronique la plus fréquente et la première cause d’absentéisme scolaire : elle touche 10 % des enfants.
L’allergie est la principale cause de l’asthme. Une cause allergique est ainsi retrouvée chez 70 à 80 % des adultes asthmatiques et chez 95 % des enfants. Ces personnes prédisposées à l’allergie sont qualifiées d’atopiques : elles présentent une hypersensibilité aux aéro-allergènes, tels que les acariens, les squames d’animaux, les moisissures et les pollens.

Le saviez-vous ?

En France, chaque année, l’asthme est responsable de près de 1000 décès chez les personnes de moins de 65 ans.

QUEL RAPPORT ENTRE ASTHME ET ENVIRONNEMENT ?

Les facteurs de risque de l’asthme sont génétiques (allergie et asthme chez les parents) et surtout environnementaux. La présence d’allergènes dans les habitations et à l’extérieur. Il existe également des facteurs externes (tabagisme passif ou actif, pollution atmosphérique, les irritants tels que les sprays domestiques, l’humidité, les infections virales ou bactériennes…)
Allergènes et polluants à l’intérieur
• Polluants biologiques
• Acariens, moisissures, blattes, poils d’animaux de compagnie
• Polluants chimiques
• Produits ménagers, gaz de combustion, tabac, Composés Organiques Volatils (COV)
Allergènes et polluants à l’extérieur
• Polluants biologiques
• Pollens
• Polluants chimiques et particulaires
Monoxyde d’azote, dioxyde d’azote (N02) directement liés à l’automobile – ozone (03) provenant du monoxyde d’azote – dioxyde d’azote et des composés organiques volatils (COV) sous l’effet des rayonnement UV solaires – dioxyde de soufre – Composés organiques volatils (COV) et formaldéhyde.

Source : ademe.fr

Zoom sur l’enquête allergologique

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L’enquête allergologique est indispensable en cas d’asthme compte tenu de la fréquence des allergies, de leur valeur pronostique et des conséquences thérapeutiques (éviction des allergènes, désensibilisation…). La réalisation d’un bilan allergologique est possible quasiment à tout âge, excepté chez le nourrisson de moins de 6 mois.
Elle comprend 3 volets:
1. Interrogatoire sur les circonstances des crises d’asthme, l’exposition domestique, le mode de vie, la présence d’autres manifestations allergiques (eczéma, rhinite allergique, allergie alimentaire…)

2. Tests cutanés allergologiques (pricks tests) aux pneumallergènes (pollens, acariens…) et trophallergènes (lait de vache, soja, oeuf…)

3. Explorations biologiques (prise de sang pour détecter certaines protéines, les IgE spécifiques circulantes) en complément des tests cutanés ou en cas d’impossibilité de ceux-ci.

Source : G. Pauli [1], P. Scheinmann [2], J.-M. Tunon de Lara [3], P. Demoly [4], A.-B. Tonnel
[5] Quand et comment faire une enquête allergologique ? Revue des Maladies Respiratoires, Vol
24, N° 8-C3 – octobre 2007, pp. 15-26

 

Le saviez-vous ?

L’air intérieur (habitats, écoles, lieux publics, bureaux) est 5 à 10 fois plus pollué que l’air extérieur.
Nous y passons 80 % de notre temps !

UN ENVIRONNEMENT PLUS PROPICE À L’ASTHME

L’asthme et les allergies en général sont en augmentation. Cela peut s’expliquer par plusieurs facteurs : changement de mode de vie, réchauffement climatique, pollution de l’air…

La hausse des rhinites et asthmes allergiques est liée à plusieurs phénomènes. Le premier est notre mode de vie beaucoup plus hygiéniste. De nombreux spécialistes s’appuient en effet sur l’hypothèse hygiéniste pour expliquer l’augmentation des allergies : les enfants seraient trop protégés. Pas assez exposé aux pathogènes extérieurs, leur système immunitaire se retournerait contre toutes les protéines communes du quotidien. Certaines études ont démontré un effet protecteur du mode de vie rural (exposition à des allergènes tels poils d’animaux, poussières… ou niveau d’hygiène inférieur).

Le changement climatique a aussi un rôle. De l’augmentation de l’ensoleillement et des températures résulte une production de pollens plus importante: les pollens sont plus nombreux et les périodes de pollinisation allongées, contribuant ainsi à prolonger la période d’exposition aux pollens allergisants. La distribution et la dispersion des pollens sont également modifiées par des tempêtes plus fréquentes. L’augmentation des précipitations et des inondations, autre conséquence du changement climatique est à l’origine du développement de moisissures, responsables d’asthme grave.

Enfin, la pollution de l’air, intérieur et extérieur, est un facteur majeur d’augmentation des allergies respiratoires et de l’asthme. On estime ainsi que 15 % des nouveaux cas d’asthme sont liés à la pollution.Les polluants domestiques (le premier étant le tabac) ont un impact sur la santé respiratoire : ils nous fragilisent et augmentent le risque d’apparition des symptômes allergiques. Les polluants de l’air extérieur nous fragilisent également. L’exposition à long terme à des concentrations de polluants permanentes peut être à l’origine du développement de l’asthme et des allergies. La pollution de l’air est ainsi à l’origine du triplement des allergies respiratoires liées aux pollens en 20 ans.

On distingue les polluants primaires, émis essentiellement par la combustion de charbon, de pétrole ou d’hydrocarbures : Oxydes de soufre, d’azote, dioxyde de carbone, C.O.V (Composés Organiques
Volatils) et particules en suspension… des polluants secondaires, qui ne sont pas directement rejetés dans l’atmosphère mais proviennent de réactions chimiques de gaz entre eux. C’est le cas notamment des particules en suspension et de l’ozone, qui induisent particulièrement les maladies cardio-respiratoires. Certains de ces polluants jouent un rôle potentialisant les effets de l’exposition à un allergène. L’ozone, par exemple, pénètre facilement jusqu’aux voies respiratoires les plus fines et
favorise le passage d’autres polluants et d’allergènes.

Source : dossier de presse Climat et maladies respiratoires: les pneumologues se mobilisent, novembre
2015 – Barne C et al, Climate Change and Our Environment: The Effect on Respiratory and Allergic
Disease Mars 2013-J Allergy Clin Immunol Practtuce.

 

TABAGISME PASSIF, FACTEUR D’APPARITION ET D’AGGRAVATION DE L’ASTHME

tabac asthme

Une récente méta-analyse et revue de la littérature a conclu à un risque d’asthme accru de 21 % à 85 % en cas d’exposition pré-natale ou post-natale au tabac. Une étude récente a révélé que l’asthme non allergique est significativement plus fréquent chez les enfants dont le père a fumé avant la conception. On sait aujourd’hui que le tabagisme passif agit en synergie avec l’hérédité pour le risque d’apparition de l’asthme. Le tabagisme passif augmente également chez l’enfant asthmatique la fréquence des crises d’asthme et altère la maturation immunitaire.

Source : Burke H, Leonardi-Bee J, Hashim A, et al . Prenatal and passive smoke exposure and incidence of asthma and wheeze: systematic review and meta-analysis. Pediatrics 2012; 129: 735–744.

LE CONTRÔLE DE L’ENVIRONNEMENT EN PRATIQUE

Une fois le ou les allergène(s) identifié(s), il est nécessaire de limiter les contacts avec lui (eux). Selon l’allergène responsable des symptômes de l’allergie, cela sera plus ou moins facile à mettre en place. Il convient également de réduire au maximum les contacts avec les facteurs aggravants les symptômes allergiques. Cela passe par un changement dans ses habitudes et l’adoption de bons réflexes pour améliorer sa vie quotidienne et réduire la fréquence des symptômes.

Les conseils du Pr Denis Charpin, chef du service de Pneumologie-Allergologie à l’Hôpital Nord de Marseille, président du Comité des Bouches-du-Rhône contre les maladies respiratoires

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Comment éliminer les sources d’allergie dans les intérieurs ?
Pr Charpin : Tout dépend de l’allergène à l’origine de l’asthme. Si l’on est allergique aux poils d’animaux, mieux vaut se défaire de ses animaux de compagnie. L’éviction des allergènes acariens est plus compliquée. La première cause de la présence d’acariens dans le logement est l’excès d’humidité. Cette dernière peut être due à une insuffisance de ventilation du logement, un excès de production de vapeur d’eau-linge qui sèche à l’intérieur, cuisine-vapeur… – une surpopulation ou bien encore des défauts du bâtiment. Dans les cas simples, agir sur ces causes permet de diminuer la concentration d’allergènes acariens mais, lorsqu’existe un défaut du bâtiment, il faut faire appel à un professionnel du bâtiment et mobiliser des ressources financières pour réaliser les travaux. En cas d’asthme lié aux blattes, il faut ne pas laisser traîner des poubelles, ne pas utiliser les poubelles en colonne dans les immeubles.

Pourquoi faire appel à un conseiller en environnement intérieur (CMEI) / conseiller en habitat santé (CHS) ?
Pr Charpin : Ces conseillers sont très utiles car ils font un diagnostic des risques et proposent des mesures correctives appropriées pour améliorer la qualité de l’air intérieur et pour obtenir une éviction optimale des allergènes et polluants. En général, c’est le médecin, ou tout professionnel de santé, qui a l’occasion de venir à domicile et constate une relation entre l’état de santé d’un patient et l’état du logement, qui est à l’origine de la demande. Cependant, les personnes asthmatiques ou ayant une autre pathologie respiratoire peuvent demander à leur médecin l’intervention d’un CMEI ou d’un CHS.

Comment les asthmatiques peuvent-ils se protéger à l’extérieur ?
Pr Charpin : Le Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France conseille aux asthmatiques, même enfants, de sortir pendant les pics de pollution. Rester confiné expose à la pollution domestique et aux allergènes. La seule exception : ne pas aller à l’extérieur lors des pics d’ozone en été. Les asthmatiques allergiques aux pollens peuvent se protéger avec quelques gestes simples : ne pas sortir aux heures les plus chaudes de la journée, se rincer les cheveux tous les soirs, éviter d’étendre le linge dehors lors des saisons polliniques, ne pas laisser les fenêtres ouvertes et porter des lunettes enveloppantes.

Éducation thérapeutique du patient une partie intégrante du traitement

L’éducation thérapeutique est une démarche qui comprend des activités éducatives d’information et d’apprentissage dispensées par des professionnels de santé. Elle a pour but de donner à la personne malade les compétences pour vivre au mieux avec sa maladie : connaissance de sa maladie, des traitements…

Un des objectifs de l’éducation thérapeutique dans le cadre de l’asthme est d’aider la personne asthmatique à mieux connaître les facteurs d’environnement favorisant ou déclenchant son asthme (allergènes, irritants, tels le tabac) et les moyens d’éviction. Cette éducation thérapeutique se fait sous forme de séances individuelles ou collectives, utilisant des outils interactifs variables selon les âges.

C’est prouvé : intégrée au traitement de l’asthme, l’éducation thérapeutique réduit les hospitalisations et les appels aux services d’urgence, diminue les crises et les symptômes et améliore la vie quotidienne. Cette éducation thérapeutique peut se faire dans des écoles de l’asthme 3 à 4 séances sont souvent suffisantes.

GESTION DES LOISIRS ET DES VACANCES 

Les conseils du Pr Georges Nouvet, pneumologue, président du Comité de Seine-Maritime contre les maladies respiratoires.

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Comment choisir son lieu de vacances quand on est asthmatique ?
Pr Nouvet : Il vaut mieux éviter les séjours à la campagne entre mai et août si l’on est allergique aux pollens. En cas d’allergie aux poils d’animaux, attention à ne pas prévoir des vacances à proximité d’une ferme, d’un zoo ou d’un haras car les particules allergisantes peuvent être transportées sur plusieurs kilomètres. La montagne (au-dessus de 1000 m) est bénéfique pour les allergiques aux acariens, car les acariens ne vivent pas au-dessus de cette altitude. En revanche, il faut se méfier de la haute montagne (au-dessus de 2000 m) : l’air froid et sec peut favoriser la survenue de crise d’asthme.
En outre, la diminution d’oxygène en haute altitude peut être gênante. Le bord de mer est moins pollué que l’intérieur des terres mais attention au vent.

Que faut-il prévoir si on fait un voyage à l’étranger ?
Pr Nouvet : Il faut tout d’abord se renseigner sur les vaccins à faire. Pensez à emporter des ordonnances avec le nom des molécules (plus utile que celui du nom commercial du médicament). Le mieux est encore de prendre les emballages des médicaments. Si vous voyagez en Europe, demandez une carte européenne de santé. Vérifiez bien que votre assurance propose un service de rapatriement. Il est aussi conseillé de se constituer un petit lexique, au moins en anglais, pour pouvoir parler d’asthme, de toux, d’essoufflement, d’oppression respiratoire… Enfin, rappelez-vous qu’il vaut toujours mieux partir avec un asthme stable et bien contrôlé car, dans ce cas, il n’y a aucune restriction à mener la vie la plus normale possible.

Quelle trousse de pharmacie faut-il prévoir ?
Pr Nouvet : Elle doit contenir l’ordonnance habituelle, le carnet de santé de l’enfant asthmatique, le traitement de fond et le traitement de la crise (en évitant les aérosols dans les pays chauds), un débitmètre de pointe (peak flow), et éventuellement un plan d’action personnalisé écrit (PAPE).
Quelles sont les recommandations en ce qui concerne les moyens de transport ?
Pr Georges Nouvet : Dans les voitures, il faut changer régulièrement les filtres de la climatisation, rouler les fenêtres fermées et ne pas diriger l’aérateur vers le visage. Si vous voyagez en avion, n’oubliez pas que la pression correspond à une altitude de 1800-2400 m et que l’air des cabines est froid et sec : ce sont autant de facteurs favorisant la gêne respiratoire. Et puis pensez à ne pas mettre votre spray dans la soute car la dépressurisation peut le vider.
Y a-t-il des loisirs à éviter chez l’asthmatique ?
Pr Nouvet : La plongée sous-marine avec bouteille est la seule activité sportive totalement contre-indiquée. Les modifications de pression peuvent être à l’origine de pneumothorax mais la natation, elle, est un excellent sport pour les asthmatiques. D’une façon générale, l’activité physique et le sport en particulier sont essentiels pour leur bien-être.

FICHE SANTÉ
MÉMO ADRESSES ET SITES UTILES

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Pour trouver un conseiller médical en environnement intérieur (CMEI) / conseiller en habitat santé (CHS) : www.cmei-france.fr

Trouver un centre d’éducation repiratoire, une école de l’asthme,… :
Consultez notre site www.lesouffle.org ou appelez la Fondation du Souffle au 01 46 34 58 80.

Connaître les prévisions de risques allergiques près de chez soi
Consultez/recevez les bulletins polliniques et moisissures du réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA).

Savoir si un pic de pollution est annoncé
Consultez le site atmo-france.org

La Fédération ATMO France est le réseau national des Associations Agréées de Surveillance de la Qualité de l’Air (AASQA).