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Pollution de l’air : Feuille de route #1

headshotIl est temps de bâtir des villes respirables grâce au report modal

C’est comme si les pics de pollution jouaient désormais le rôle de marqueurs saisonniers. Ils ont mis en relief l’inertie et le retard accumulé par les responsables politiques pour lutter efficacement contre la pollution de l’air en agissant sur les causes et ainsi préserver notre droit à un air pur. Ils ne sont pourtant que les symptômes d’un mode de consommation et de production qui demeurent insoutenables pour notre santé et la planète et reposent sur un système de transports à bout de souffle. Espérons qu’ils résonnent enfin comme la sonnette d’alarme qui sortira les élus nationaux et locaux de leur torpeur.

Les solutions existent, elles n’attendent qu’à être mises en œuvre sans plus tarder. Il faut mettre fin à l’enfumage des constructeurs automobiles. Si les niveaux de pollution ne diminuent pas ou très peu, causant encore plus de 50 000 décès prématurés chaque année en France, les constructeurs automobiles ont une grande part de responsabilité. Ces derniers ont redoublé d’imagination pour déjouer les tests d’homologation et désactiver en douce les systèmes de dépollution de leurs véhicules diesels, mais peinent à réduire les émissions d’oxydes d’azote en conditions réelles de conduite.

Plus de 5 millions de véhicules des normes Euro 5 et Euro 6 restent en circulation en France, alors même que nous avons montré qu’ils polluaient plus de trois fois le niveau des normes antipollution dans la réalité. Un an après avoir promis un plan d’amélioration, force est de constater que Renault, par exemple, n’a toujours pas ouvert le capot de ses véhicules pour corriger ces dépassements. Il en va pourtant de la crédibilité des mesures de différenciation des véhicules mises en place au moyen des certificats Crit’air par les pouvoirs publics, dont les ressources budgétaires ont été lourdement entamées par l’octroi de bonus automobiles à des véhicules présentés comme vertueux. L’État doit se montrer intransigeant pour attester de sa sincérité à tirer les leçons du scandale du dieselgate.

Il est temps de bâtir des villes respirables grâce au report modal. Si notre modèle de transports est à bout de souffle, c’est qu’il dépend à 90 % de la route et encore plus des énergies fossiles, très émettrices de gaz à effet de serre. Au-delà des impacts sur la pollution de l’air qui nuisent gravement à la santé, cette dépendance a donc aussi un effet dévastateur sur le climat. Pour agir sur ces deux fronts, les décideurs politiques n’ont d’autre choix que de réduire le trafic routier en limitant les voies de circulation et en déployant les solutions de mobilité plus soutenables à la place, en mettant en place des zones de circulation apaisée, tout en anticipant sur les déplacements de demain, et les pollutions qui en résulteront, en bâtissant une ville des courtes distances.

Du côté de nos déplacements, une étude de l’Insee révélait, la semaine passée, que l’écrasante majorité des actifs ont recours à leur voiture pour se rendre sur leur lieu de travail. Celle-ci est même utilisée sur de très courtes distances, dans 58 % des déplacements de moins d’un kilomètre, une distance qui, sauf cas particulier, est tout à fait atteignable autrement. À l’inverse, seuls 2 % des actifs choisissent le vélo pour se rendre sur leur lieu de travail. Ce constat n’a d’autre motif que l’aveuglement des décideurs politiques ayant donné une place toujours plus importante au transport routier, le vélo et la marche à pied demeurant dans l’angle mort des décideurs politiques alors qu’ils sont une alternative crédible sur ce type de déplacement.

Le transport de marchandises doit encore prendre le virage de la transition. En parallèle, de la généralisation des 44 tonnes à l’abandon de l’écotaxe poids lourds, le transport routier a vu son hégémonie confortée dans le transport de marchandises, au détriment des modes de transports alternatifs comme le fluvial ou encore le ferroviaire où l’emploi décline sans susciter réaction à la hauteur de la part de l’État.

Ce dernier a pourtant un rôle déterminant à jouer pour mettre en cohérence notre système fiscal, qui subventionne davantage qu’il ne décourage l’utilisation d’énergies fossiles, sources de pollutions, et investir dans les chantiers de la transition écologique, créatrice d’emplois, comme le fret ferroviaire, les mobilités actives et les transports en commun. À bon entendeur !

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Mis à jour le 30/01/2017