Pollution chiffres

POLLUTION : des chiffres erronés ?


Des travaux précédents avaient montré que plus de 4 millions de personnes mourraient chaque année prématurément à cause de la pollution mais une nouvelle étude révèle que la réalité serait bien plus grave. En effet, la pollution tuerait désormais plus que le tabac.

L’étude

Des chercheurs allemands et chypriotes ont mené une étude sur la pollution, publiée dans le European Heart Journal, grâce à un nouvel outil statistique. Grâce à des données scientifiques liées à la manière dont les gaz atmosphériques interagissent avec les composés chimiques issus de l’activité humaine (comme les transports par exemple), ils ont pu estimer l’exposition aux polluants. Puis ils ont étudié ces données au regard des taux de mortalité et de l’exposition. Ces derniers chiffres sont fondés sur des données épidémiologiques très larges en provenance de 16 pays différents.

Des chiffres inquiétants

Les conclusions de cette étude sont alarmantes. Le nombre mondial de décès dus à la pollution en 2015 s’élèverait à 8,8 millions par an alors que des précédentes études estimaient ce nombre à un peu plus de 4 millions. Selon cette étude, la Chine serait très touchée par la pollution avec 4,5 millions de personnes décédées à cause de la pollution en 2015.

La pollution de l’air est devenue plus meurtrière que le tabac qui cause pour sa part 7,2 millions de morts par an et est un enjeu majeur de santé publique.

A l’échelle européenne, cette nouvelle étude dénombre 790 000 décès en 2015 dus à la pollution de l’air dont 628 000 dans l’Union européenne. Ces chiffres dépassent les chiffres publiés par l’AEE en octobre dernier qui estimaient le nombre de décès prématurés dans l’UE à cause de la pollution à 480 000.

En ce qui concerne la France, 67 000 morts seraient causées par la pollution ce qui représente un taux de 105 décès pour 100 000 habitants. Ce taux est plus élevé à l’échelle européenne (133 pour 100 000) et l’est d’autant plus dans l’Europe de l’Est avec des taux qui dépassent les 200 décès pour 100 000 habitants. Au niveau mondial, le taux est de 120 décès par an pour 100 000 habitants).

Des remises en causes récurrentes

Certains avaient déjà tiré la sonnette d’alarme à l’instar de Jean-Christophe Brisard dans son livre « Irrespirable, le scandale de la qualité de l’air en France » qui traite notamment de la pertinence des seuils de pollution. Il explique que l’on fonde les calculs des seuils de pollution sur les particules de pollution PM10 qui ne sont pas les plus nocives. Plus les particules sont fines, plus elles pénètrent dans l’organisme et sont dangereuses. Ce sont donc d’autres particules comme les PM2,5 qui devraient être prises en compte ; cependant, si c’était le cas nous serions selon lui en pic de pollution presque tous les jours.

Les chercheurs de cette étude urgent les pouvoirs publics européens à abaisser les seuils de pollution aux particules fines. Ils encouragent également le passage rapide à des énergies durables.

L’éclairage de notre expert Gilles Dixsaut : Les conséquences de la pollution

Gilles Dixsaut, expert et administrateur de la Fondation du Souffle, a donné des explications à France Inter. Il précise que cette étude présente des chiffres plus importants que les précédentes car elle s’appuie sur davantage de facteurs.

En ce qui concerne les seuils de pollution dans l’Union européenne, ils sont insuffisants. Inférieurs à 2,5 fois les standards fixés par l’OMS, il faut abaisser ce seuil (actuellement fixé à 25 microgrammes par mètre cube) et surtout il faut adapter les mesures de la pollution aux particules qui sont de plus en plus fines.

Mais concrètement, quelles sont les maladies causées par la pollution ? Les particules fines s’attaquent à notre organisme lorsqu’elles y pénètrent. En passant dans la circulation sanguine et en se fixant sur les parois artérielles, elles sont à l’origine de maladies respiratoires (bronchopneumopathies chroniques obstructives, cancers du poumon, asthme, etc.), de maladies cardio-vasculaires (AVC, infarctus, thromboses, etc.) et même de diabète.  Depuis quelque temps, on soupçonne également ces particules d’être à l’origine de maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer) et d’avoir des effets sur les fœtus car celles-ci atteignent le placenta.

Nous devons tous nous mobiliser et agir, individuellement et collectivement, afin de parvenir à réduire ces émissions et améliorer la qualité de l’air que nous respirons.

Mis à jour le 15 mars 2019