Comment la Covid-19 a impacté les patients insuffisants respiratoires chroniques même sans avoir été contaminés ?

Comment la Covid-19 a impacté les patients insuffisants respiratoires chroniques même sans avoir été contaminés ?

Jean-Charles Laporte, kinésithérapeute libéral, Paris, Coordinateur du Réseau de santé Récup’Air financé par l’A.R.S. Ile-de-France et situé dans les locaux de la Fondation du Souffle, nous explique pourquoi.

Les patients présentant une insuffisance respiratoire chronique sont des patients qui, s’ils sont contaminés par le SARS-CoV-2, risquent plus d’avoir des formes sévères de la Covid-19. Cela les a amenés à respecter les gestes barrières dès le début de l’épidémie en France et certainement avec une rigueur plus grande que le reste de la population, tout au moins, celle se sentant moins vulnérable. Les statistiques concernant le taux de contamination des patients souffrant de Bronchopneumopathie Chronique Obstructive tendent pour l’instant à le confirmer.

Peut-on pour autant en conclure qu’une personne atteinte de mucoviscidose ou d’asthme ou d’une autre maladie respiratoire chronique n’a pas été touchée plus qu’une personne non concernée par ces pathologies ? Voici quelques éléments de réponse.

La fermeture des cabinets de kinésithérapie a été l’une des premières conséquences

Tout d’abord, une importante majorité des cabinets des kinésithérapie ont été fermés au moins du 17 mars à fin avril donc les patients qui sont habituellement suivis par exemple pour de la kinésithérapie respiratoire à visée de désencombrement n’ont pas pu bénéficier de leurs séances. Cela a été partiellement pallié par la réalisation de séances directement aux domiciles des patients par les kinésithérapeutes.

L’activité physique a également été réduite

Le confinement a eu également comme impact de limiter, pour les français, les opportunités d’effectuer leurs activités physiques pratiquées avant la crise sanitaire. Or pour les personnes qui en temps normal entretiennent leur condition physique grâce à une pratique sportive régulière, cela a contribué à dégrader leur capacité respiratoire. Un autre impact du confinement a été la modification du régime alimentaire et cela pour plusieurs raisons :

  • Un nombre de sorties réduit pour faire des courses afin de limiter les risques d’être exposés au virus. Ceci a pu limiter les possibilités d’acheter des produits frais notamment les fruits et les légumes ;
  • Une prise de tous les repas au domicile et plus de temps pour cuisiner ce qui aurait pu se traduire par une amélioration des qualités nutritionnelles des plats cuisinés à la maison mais en pratique les personnes ont préparé beaucoup de desserts et de pâtisseries à forte teneur en sucre.

 

Ainsi le cumul d’une augmentation des apports énergétiques avec une moindre activité physique a abouti pour beaucoup de personnes à une prise de poids. Or cette prise de poids peut venir renforcer les difficultés respiratoires des patients notamment lors d’activité de niveau d’intensité important. Pour les raisons évoquées plus haut, tout laisse à penser que cette prise de poids s’est faite au détriment de la masse musculaire.

Outre les retentissements sur le corps, les conséquences ont aussi été psychologiques

En effet, l’être humain est habitué à la vie en société et se retrouver isolé surtout de façon subie et sans y être préparé n’est pas anodin. Il a été très difficile, par exemple, pour certains grands-parents d’être privés du contact avec leurs petits-enfants. Certaines familles dont les membres vivent dans différentes régions de France voire du Monde ne peuvent pas se retrouver. Cela a pu avoir comme conséquences pour certaines personnes une augmentation de la consommation d’alcool ou du nombre de cigarettes consommées. Les patients insuffisants respiratoires chroniques plus vulnérables à ce type de modification de comportement ont donc pu être aussi touchés de cette façon-là par le confinement.

 

En conclusion, qu’on soit insuffisant respiratoire ou pas, évidemment cette crise sanitaire a eu un impact sur notre vie quotidienne et donc sur notre santé même sans avoir contaminé par le SARS-CoV-2. Néanmoins, il faut relativiser ces effets comparativement aux conséquences parfois très graves auxquelles peut nous exposer la Covid-19.

 

Dans tous les cas, les conseils d’hygiène de vie restent plus que jamais d’actualité à savoir pratiquer une activité physique régulière (les fameux 10.000 pas par jour recommandés par l’Organisation Mondiale de la Santé, mais on peut aussi faire des exercices à la maison), avoir une alimentation variée, équilibrée et adaptée à ses besoins, consommer les boissons alcoolisées avec modération, ne pas fumer (ou tout faire pour limiter ou arrêter).