Interview du Dr Iréne Frachon, pneumologue au CHU de Brest, auteur de Médiator 150mg, Combien de morts?

LS : Quand le lien entre HTAP et coupe faim a-t’-il été fait?

Dr Frachon : Dés les années 1970, avec la consommation d’Aminonrex en Suisse, Autriche, Allemagne. Il y a eu une importante épidémie d’Hypertension Artérielle Pulmonaire très grave rapportée à l’Aminorex. L’Aminorex a été retiré du marché. Cela a marqué les esprits et donné lieu à une première réunion internationnale sur l’HTAP.

LS: Quid des liens entre Médiator et Hypertension Artérielle Pulmonaire?

Dr Frachon: Pour l’Isoméride nous savons que le risque statistique est d’environ 1 personne malade sur 10 000 exposées. On ne sait pas quel est le niveau de risque car le Médiator et l’Isoméride font partie de la même classe de médicaments. Dés les années 1975, il y a eu des cas d’HTAP chez des personnes qui avaient pris ces deux médicaments en même temps. Le premier cas d’HTAP lié uniquement au Médiator a été recencé en 1999. Depuis, 85 cas sont en cours d’évaluation mais nous ne les avons sûrement pas tous identifiés.

LS : Pourquoi ces médicaments ont de tels effets?

Dr Frachon : Tous ces médicaments ont une structure commune, celle de l’Amphétamine. Quand on absorbe un comprimé, il se forme dans l’organisme le même métabolisme toxique, au même moment, qui aboutit à la constitution des Norfenfluramine. Ce poison se fixe sur les valves du cœur ou les vaisseaux du poumons pour les abîmer.

LS : Se pose la question d’autres médicaments qui pourraient être facteur de risque HTAP…

Dr Frachon : Il y a récemment un médicament efficace contre la Leucémie Myéloide Chronique qui a été incriminé dans la survenue de cas d’HTAP: le Sprycel. Bien sûr, il faut bien voir le rapport entre le bénéfice des médicaments incriminés et leur risque. Lorsque le médicament est peu efficace voir inefficace, son retrait est logique, comme cela a été le cas du Médiator et les coupe-faims Isomeride et Ponderal. Le professeur Marc Humbert fait un travail avec sa cohorte de patients afin de voir si d’autres médicaments pourraient être responsable d’HTAP. Il faut en effet rester très vigilant car c’est une maladie grave.


Mis à jour le 4 avril 2017