Le terme d’asthme était déjà employé chez les Grecs dans la Grèce Antique. Dans l’épopée Iliade d’Homere, lorsqu’il décrit l’état respiratoire d’Hector, dont Achilles a percé la poitrine avec sa lance (ce dernier ne respirant plus très bien), apparaît, pour la première fois, le mot asthme. C’était au 19ème siècle avant Jésus-Christ.

Achille contre Hector

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Les premières observations des médecins

Au début de notre siècle, le Grec Arétée de Cappadoce a décrit pour la première fois une crise d’étouffement ; il décrit l’asthme comme une soif d’air inextinguible.

C’est donc à Arétée de Cappadoce que nous devons la distinction de cette maladie parmi les autres liées également au dysfonctionnement respiratoire.

17 siècles après, nous pouvons lire sa définition de la maladie avec un étonnement mêlé d’admiration : “Ces malades se redressent pour respirer; ils errent au dehors, en proie à une soif d’air qui les incite à ouvrir la bouche avidement, aussi largement que possible, mais sans résultat… leur respiration soufflante fait gonfler leur cou; ils sont secoués d’une toux fréquente et pénible.”

Arétée de Cappadoce précise l’existence d’un lien entre certaines dyspnées en rapport avec la profession exercée, notamment chez les ouvriers de la laine, les plâtriers, les travailleurs du bronze, les forgerons, les souffleurs de foyers dans les bains publics.

Plus tard, le Grand Galien (il avait commencé comme médecin à l’école des gladiateurs, et a fini médecin de cour de l’Empereur de Rome) a avancé une théorie du développement de la maladie : le mouvement de l’air dans les organes respiratoires est obstrué par du liquide gras et visqueux dans la trachée.

Il recommandait comme médicament, entre autres, de l’opium

Sa doctrine a été utilisée pendant plusieurs siècles. Au 17e siècle, on a commencé à parler de la nature nerveuse de la maladie, un des médecins a nommé l’asthme « l’épilepsie de poumons ».

Moses Maimonide (1135-1204), rabbin et philosophe qui circulait entre l’Espagne, le Maroc et l’Egypte, pratiquait la médecine à la cour des sultans.  Il a écrit plusieurs ouvrages dont certains sur l’asthme. Il a remarqué qu’au cours des humides mois d’hiver (comme c’est le cas dans le sud), l’aggravation de l’asthme commençait comme un rhume ordinaire ; il avait aussi précisé que les malades se sentaient mieux dans une atmosphère chaude et sèche. Il recommandait d’éviter les remèdes violents, dormir plus, boire plus de liquide, modérer l’activité sexuelle et manger de la soupe au poulet.

Jean Baptiste Van Helmont (1579-1644), un médecin belge, croyait que l’asthme prenait sa naissance dans les tubes pulmonaires.

Bernardo Ramazzini (1633-1714), un professeur en médecine de Padoue qu’on pourrait appeler le père de la médecine sportive (il s’intéressait aussi largement aux maladies professionnelles en général) a décrit l’asthme provoquée par un effort physique et a mis en évidence le lien entre les crises et l’inspiration de poussière organique.

Au 17ème siècle, les médecins commencent à évoquer la nature nerveuse de la maladie, un de ces médecins a nommé l’asthme : « l’épilepsie des poumons ».

John Floyer, médecin anglais, lui-même souffrant d’asthme, a découvert au début du 18ème siècle de nouveaux composantes dans le mécanisme de l’étouffement : la contraction des muscles des bronches (spasme bronchique) et le gonflement (œdème) de la surface intérieure des bronches qui réduisent la circulation de l’air et empêchent la respiration.

En observant les malades chez lesquels les crises se développaient après leurs visites dans la cave à vin, il a pu suspecter les champignons comme une des causes de l’aggravation.

Au début du 20ème siècle, une personne souffrant d’asthme avait un large choix de modes de traitement, bien que leur utilité ne soit pas toujours avérée… Dans le guide thérapeutique de poche de Schnirer, paru à Moscou en 1910, on proposait sous le chapitre de l’asthme : des  injections de morphine, des cigarettes au chanvre et à l’opium, de la caféine en poudre, de l’atropine, de l’iodure de potassium, de l’hydrate de chloral, de l’arséniate et des sels. Le célèbre poète russe Alexei Tolstoi, qui souffrait de l’asthme, est mort d’une overdose de morphine.

Leo_Tolstoy,_portrait

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La théophylline (ou euphylline en vente) avait été découverte dans les feuilles de thé, ses propriétés chimiques ont été définies par le biologiste allemand Albrecht Kossel en 1888. Sept ans après, on a déjà appris à la produire. En 1902, elle est proposée pour la première fois en tant que diurétique. Et il a fallu encore 20 ans pour qu’on commence à utiliser la théophylline pour traiter l’asthme bronchique.

L’arrivée de l’adrénaline et de molécules apparentées

A cette époque, plus précisément, Solomon Solis-Cohen a utilisé pour la première fois l’extrait sec des surrénales de bovins. Dans ses observations, il notait : « …le rétablissement ne fut pas rapide, mais prolongé ». En 1904, des médecins ont réussi à extraire de la couche médullo-surrénale une substance capable de calmer les spasmes des bronches, qui a reçu le nom de l’adrénaline (du mot latin « adrenalis » qui signifie surrénal).

Pendant de longues années, rien ne pouvait égaler l’adrénaline. Elle décontractait les muscles des bronches, rétrécissait les vaisseaux, et diminuait, de cette manière, l’œdème de la muqueuse des voies respiratoires. Mais il y avait aussi des effets secondaires : l’adrénaline excitait non seulement les récepteurs des poumons, il mettait en effervescence le cœur, les vaisseaux, le système nerveux. Cela provoquait des battements de cœur, une hausse de la tension, perturbait le sommeil, etc.

Dans les années 1940, une nouvelle substance a été obtenue : l’isoprénaline. Son action était plus précise. On pensait que l’isoprénaline agirait uniquement sur les récepteurs des bronches. On a créé de nouveaux médicaments qui ont apporté, pendant quelques décennies, de l’aide urgente aux asthmatiques. Mais, hélas, on ne pouvait pas dire que les effets secondaires de l’adrénaline les ont épargnés. L’overdose provoquait des aggravations ; même dans la pratique du jeune docteur Soin-Bobo il y a eu des cas tragiques d’arrêt cardiaque.

En 1969, une nouvelle génération de médicaments semblables à l’adrénaline. Ils sont réellement ciblés, avec un but précis : la paroi de bronches. Apparaît en suite le salbutamol connu du tous sou le nom de : ventoline. Et jusqu’à aujourd’hui c’est le groupe de ces médicaments qui accompagne les personnes atteintes d’asthme partout (la plupart du temps, sous forme d’inhalateurs), pour pouvoir, en cas de difficultés à respirer, dilater rapidement les bronches et supprimer l’œdème de la muqueuse.

Mais supprimer la crise ne veut pas dire guérir.

Les inhalateurs

Collection virtuelle de M. Marc Sanders

Asthme 1

La toute première mention de l’inhalateur daterait du 1654.

Le médecin anglais Christopher Bennet, qui souffrait lui-même de la phtisie, a publié le livre Theatri Tabidorum avec des images et la description d’un mécanisme d’enfumage. Bennet essayait lui-même différents remèdes, y compris des baumes. On ne peut pas dire que son traitement a vraiment réussi, Bennet est mort à l’âge de 38 ans, 2 ans après la parution du livre.

En 1890, dans la revue JAMA, le docteur Mount Blayer explique une nouvelle méthode d’infusion du médicament, de façon qu’il pénètre profondément dans les voies respiratoires. Il s’agissait à l’époque de l’inhalation de l’hydrate de l’argent, de l’iode, du tannin. Il est remarquable que l’auteur insiste particulièrement sur la technique correcte de l’inhalation (rien n’a bougé depuis). 

Asthme 2

En 1854 Samuel Fletcher décrit le tube pour les inhalations du docteur Ramage dans son œuvre

« Les fonctions des poumons », inventée 15 ans auparavant.

Fletcher ajoute déjà les effets que cette méthode a eu sur la phtisie et l’asthme.

Les premières recettes officielles de cinq préparations médicales (inhalées sous forme de vapeur) sont publiées en 1867 : l’acide cyanhydrique pour traiter la toux sèche, un moyen radical qui peut entraîner la mort dans le cas d’overdose.

Les vapeurs de la ciguë officinale, qui n’est pas non plus un bonbon, assez toxique.

Les vapeurs de la créosote.

Les vapeurs de l’iode.

Les vapeurs du chlore.

Asthme 3

Sur cette photo, l’inhalateur ayant servi du 1878 jusqu’aux années 1920. L’inhalateur de Mudge a été inventé en 1778 et avait l’aspect d’une chope en étain avec une embouchure sur le couvercle et un trou de l’air percé dans la manette. Pour les inhalations, Mudge utilisait les vapeurs de l’eau chaude, en ajoutant de l’opium pour vaincre une toux forte.

Asthme 4

Le docteur Sales-Giróns a reçu la médaille d’argent de l’Académie des Sciences de Paris en 1858 pour l’invention d’un pulvérisateur portable (nébuliser). Une pompe manuelle, ressemblant à celle du vélo, inspirait le liquide dans le réservoir et la faisait passer par un triturateur.  On soignait à l’aide de ce pulvérisateur toutes les maladies des voies respiratoires : bronchites, asthme, tuberculose, croup, pneumonie. L’appareil portait le nom de Sales-Giróns et de Robert et Collins.

Alfred Ramey créait ses inhalateurs dans les années 1894-1905. A l’intérieur d’un tube central, on plaçait l’absorbent et le médicament. L’instruction proposait d’insérer les tubes géminés dans les narines, et le tube séparé, dans la bouche, et inspirer vigoureusement. « Ainsi, vos poumons propulsent l’air saturé de médicament, dans toutes les parties de la tête et de la gorge ».

Site de Liliya Belenko Gentet, asthmamuseum :

http://www.asthmamuseum.com/Asthma_Museum.N.htm#Histoire_de_l_asthme.C


Mis à jour le 3 avril 2017