Infections respiratoires, asthme et allergies respiratoires… Autant de fléaux pour les enfants. Les chiffres sont édifiants. Dans le monde, 20 % des décès d’enfants de moins de 5 ans sont dus à des infections respiratoires aiguës (pneumonies, bronchites et bronchiolites). La pneumonie est responsable de 90 % de ces décès. En Europe, 11 000 cas de tuberculoses infantiles ont été recensés en 2011, un quart des visites des enfants chez le médecin sont liés à des troubles pulmonaires. En France, 9 % des enfants ont de l’asthme et 10 à 20 % des enfants souffrent de rhinites allergiques. 1 nourrisson sur 3 a un ou plusieurs épisodes de bronchiolite par an. Les maladies respiratoires infantiles sont donc bien un réel problème de santé publique.

Comment protéger le système respiratoire des enfants ? 

Nous avons tous la responsabilité de protéger les poumons des plus jeunes, et cela dès la période de grossesse. En respectant les vaccinations recommandées pour les enfants et leur entourage, en évitant le tabac, au domicile ou dans nos voitures, en respectant un certain nombre de règles d’hygiène, en éliminant des polluants de l’air intérieur, nous pouvons contribuer à diminuer bon nombre de facteurs de risque d’apparition ou d’aggravation de pathologies respiratoires en particulier chez les plus jeunes d’entre nous.

Système respiratoire des enfants à protéger, le rôle de la Fondation du Souffle

La Fondation du Souffle a un rôle essentiel d’information, notamment en ce qui concerne la prévention : alerter sur le danger du tabagisme passif pour les enfants, communiquer sur la vaccination et les gestes d’hygiène mais aussi fournir des documents sur les maladies, en particulier sur les maladies chroniques que sont l’asthme et les allergies respiratoires. Avec d’autres, la Fondation peut aussi faire pression sur les pouvoirs publics afin que des mesures soient prises pour protéger le capital respiratoire des enfants. Il en va de leur santé actuelle et future.

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Professeur Jacques de Blic
Chef de Service de Pneumologie et
Allergologie Pédiatriques de l’Hôpital
Universitaire Necker-Enfants malades

 

Enfants : développement respiratoire et maladies respiratoire

Les infections respiratoires aiguës  représentent une cause majeure de mortalité infantile dans les pays émergents (la pneumonie notamment est la première cause de décès avant 5 ans). Dans les pays développés, les infections respiratoires sont la première cause de maladies de l’enfantLes enfants sont particulièrement vulnérables car leur système respiratoire est en phase de maturation donc plus fragile.

Développement respiratoire

Le développement de l’appareil respiratoire se fait tout au long de la grossesse et au-delà. La première ébauche respiratoire apparaît à partir du 22ème jour de la conception. Les alvéoles se constituent à partir du 6ème mois de la vie intra-utérine et restent plissées jusqu’à la naissance. Le surfactant, substance secrétée par les cellules alvéolaires, est produit en quantité́ suffisante pour maintenir les alvéoles ouvertes à l’expiration à partir du 7ème mois de grossesse. Au terme de la grossesse, les poumons sont prêts à fonctionner. A la naissance, le bébé passe d’une oxygénation fœtale placentaire à une oxygénation aérienne pulmonaire autonome, cela grâce à une double adaptation respiratoire et circulatoire. Après la naissance, les ramifications bronchiques continuent à croître après la naissance, les alvéoles augmentent en nombre et en taille. Elles passent de 24 millions à la naissance à 300 millions à l’âge de huit ans. Au-delà̀, la croissance des alvéoles se produit en fonction de la taille de l’individu. La cage thoracique, dont le bon fonctionnement conditionne une bonne respiration, se développe parallèlement. Les poumons ont acquis vers l’âge de 8 ans toutes les structures nécessaires à leur fonctionnement (bronchioles et alvéoles) mais leur maturation se poursuit pendant l’adolescence.

Troubles respiratoires des prématurés

Le problème majeur et immédiat des nouveaux-nés prématurés est l’adaptation à la respiration. Bien que complètement formés, les poumons sont immatures dans leur fonction par une absence ou un déficit de sécrétion de surfactant. Elle est à l’origine d’une maladie nommée « maladie des membranes hyalines » qui touche surtout les nouveau-nés prématurés et est responsable d’une insuffisance respiratoire aiguë. Plus l’enfant est prématuré et plus la détresse respiratoire est sévère. Le bébé est intubé pour permettre son oxygénation et l’instillation de surfactant sous forme liquide jusqu’à ce que l’organisme  le synthétise lui-même.

A savoir : en cas de menace d’accouchement prématuré, la maman peut se voir prescrire un traitement par corticoïdes pour permettre une maturation pulmonaire du bébé.

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Bronchiolite, pneumopathies

L’immaturité fonctionnelle du système immunitaire expose le nouveau-né et le jeune enfant à un risque important d’infections, notamment respiratoires comme la bronchiolite. La plupart du temps bénigne, la bronchiolite est devenue un  véritable problème de Santé Publique depuis quelques années. En France, chaque année, 500 000 nourrissons (soit 30% de la population des nourrissons) sont touchés par une bronchiolite. La bronchiolite est une infection virale épidémique survenant principalement chez des enfants de moins de deux ans. Elle correspond à une inflammation des bronchioles, les plus petits conduits respiratoires des poumons. Leur obstruction s’accompagne de sifflements bien caractéristiques qui se produisent lors de la respiration appelés sibilants. La bronchiolite sévit principalement d’octobre à avril et peut être causée par différents agents pathogènes. Elle dure environ une semaine, la toux peut persister un peu plus longtemps. Le traitement repose principalement sur la kinésithérapie respiratoire, prescrite par le médecin. Celle-ci permet de désencombrer les bronches, obstruées par les secrétions que provoque l’agent pathogène. S’il s’agit d’un virus, les antibiotiques n’ont aucun effet. Ils sont indiqués uniquement lors de certaines complications cliniques (otite aiguë, etc.). Dans plus de 70% des cas, le virus responsable est le VRS, Virus Respiratoire Syncytial. Il est très contagieux. Il se transmet de nourrisson à nourrisson ou d’adulte à nourrisson par les mains, la salive, la toux, les éternuements et les objets contaminés. L’infection à VRS présente deux risques de complication : le risque aigu de développer une forme sévère de la maladie nécessitant une hospitalisation et le risque à plus long terme de développer une « hyper-réactivité bronchique postvirale ». Celle-ci se manifeste par des épisodes répétés avec sifflements lors de la respiration. Dès le troisième épisode de sifflement, le médecin recherchera l’existence d’un asthme du nourrisson (ou hyperréactivité́ bronchique). D’autres consultations seront nécessaires pour préciser le diagnostic et adapter le traitement. Pneumopathies : avec le pneumocoque et l’Haemophilus influenzae de type b, le VRS est un des principaux agents des pneumopathies, infection du parenchyme pulmonaire qui sont une des principales causes de décès chez l’enfant de moins de 2 ans.

Zoom mucoviscidose la  plus fréquente des maladies génétiques graves de l’enfant

En France, un enfant sur 4000 est atteint de mucoviscidose. 2 millions de personnes sont porteuses sans le savoir du gène de la mucoviscidose. Maladie génétique rare et mortelle qui touche aussi bien les garçons que les filles, la mucoviscidose affecte principalement les voies respiratoires et le système digestif. Toujours conjointement transmise par le père et la mère, la mucoviscidose est liée à l’absence ou au dysfonctionnement de la protéine CFTR, responsable de la régulation de l’équilibre en eau et sel des cellules. Lorsque cette protéine ne fonctionne pas correctement ou est absente, du mucus épais, anormalement visqueux, s’accumule, et devient le siège d’une infection chronique des poumons qui se dégradent progressivement. Il est donc très important que cette substance soit évacuée régulièrement pour dégager les voies respiratoires et limiter la présence des bactéries. Cette évacuation est réalisée grâce à la kinésithérapie respiratoire.

Le système digestif obstrué 

Les voies et organes digestifs (intestins, pancréas, foie) peuvent également être obstrués par ce mucus, provoquant ainsi des problèmes de digestion. La mucoviscidose bloque les enzymes digestives dans le pancréas et certaines graisses, non digérées, passent directement dans les selles. Sans traitement et sans une nutrition adaptée, le patient est confronté́ à des douleurs abdominales, des diarrhées ou à une constipation et des difficultés de prise de poids pouvant avoir un retentissement sur la croissance.

Des traitements lourds

La mucoviscidose nécessite des traitements lourds, susceptibles d’induire des complications et dont le suivi est contraignant. Comme elle touche particulièrement les enfants, parents et grands-parents sont souvent sollicités. L’enfant est amené à manquer régulièrement l’école, en raison d’éventuelles complications de la maladie. Cependant, moyennant certaines précautions, il peut mener une scolarité normale. Une activité sportive régulière est non seulement possible, mais souhaitable, car elle participe au maintien de la fonction respiratoire. Des dispositifs d’aide et d’information ont été développés pour faciliter la vie des malades.

Les soins de la mucoviscidose en chiffres

– 2h de soins quotidiens (kinésithérapie respiratoire, aérosols, antibiothérapie…)

– 6h de soins par jour en période de surinfection

– Plus de 20 médicaments par jour en moyenne

Progrès et espoirs pour les malades : « En parallèle du dépistage néonatal, le système de soins de la mucoviscidose a été amélioré, avec la création de centres de ressources et de compétences dans la mucoviscidose. Les enfants y sont suivis dès la naissance, en général tous les 3 mois. Des études ont montré que cette prise en charge précoce avait un impact positif sur l’évolution de la maladie. » selon Virginie Scotet*. 

Dépistage

Il existe 3 niveaux de dépistage de la mucoviscidose en France aujourd’hui.  Explications de Virginie Scotet*, chargée de Recherche à l’Inserm U1078 « Génétique, génomique fonctionnelle et biotechnologies » à Brest.

En quoi le dépistage néonatal réalisé depuis 2002 a-t-il amélioré la prise en charge de la mucoviscidose?

« Le dépistage néonatal généralisé a permis de prendre en charge les enfants beaucoup plus tôt, dès la naissance, alors qu’ils n’étaient généralement diagnostiqués qu’à 3 ou 4 ans. Ce dépistage consiste en un test sanguin au 3ème jour de vie : on dose une enzyme pancréatique (la trypsine immuno-réactive). Si le taux de cette enzyme est élevé, une recherche du gène de la mucoviscidose est entreprise. »

En quoi consiste le dépistage échographique de la mucoviscidose pendant la grossesse?

« On s’est aperçu que la présence d’un intestin hyperéchogène (image anormale, l’intestin apparaît sous la forme d’une masse opaque blanche) était associée dans 3 à 9% des cas à une mucoviscidose. Si l’échographie -du 2ème trimestre en général- montre un intestin hyperéchogène, cela justifie que l’on propose une étude du gène de la mucoviscidose. Si les deux parents sont porteurs d’une mutation du gène CFTR, on va vérifier si le foetus  a hérité de ces mutations avec un prélèvement de liquide amniotique. 10% des cas de mucoviscidose sont ainsi diagnostiqués avant la naissance. »

Dans quels cas un dépistage familial est-il réalisé?

« Lorsqu’il y a un ou plusieurs cas de mucoviscidose dans une famille, il est possible de faire une étude du gène CFTR pour les membres de la famille. C’est ce que l’on appelle-le « dépistage en cascade ». Les personnes peuvent savoir si elles sont porteuses de la mutation qui est présente dans leur famille avant d’avoir un enfant.  Si l’apparenté est porteur de la mutation familiale, une étude génétique pourra être proposée à son conjoint. Si celui-ci se révèle également être porteur, le risque pour ce couple d’avoir un enfant atteint de mucoviscidose est de 1 sur 4. Ce couple pourra alors bénéficier d’un diagnostic prénatal. »

Zoom asthme et allergies respiratoires

Les allergies respiratoires sont en expansion depuis une dizaine d’années

En France, aujourd’hui 1 personne sur 4 est touchée. Les enfants sont tout particulièrement à risque d’allergie car ils sont plus sensibles aux allergènes, aux produits chimiques et aux infections viralesL’asthme concerne 9 % des enfants -c’est la première maladie chronique des enfants-  et la rhinite allergique 5 à 10 % des enfants. Les deux tiers des enfants asthmatiques ont aussi une rhinite.

Les formes de rhinites

Une des formes de rhinite allergique la plus courante est la rhinite allergique saisonnière, également connue sous le nom de « rhume des foins ». L’allergène en cause dans l’allergie saisonnière? Les pollens en suspension dans l’airL’allergie saisonnière est une pathologie qui s’exprime cliniquement à partir de 5-6 ans. Il faut en effet plusieurs années d’exposition aux pollens et graminées pour développer les symptômes. Les symptômes de la rhinite allergique chez l’enfant sont ceux d’une rhinite: écoulement nasal, picotements dans le nez, éternuements…Cette rhinite est accompagnée de conjonctivite (yeux rouges et qui grattent).

Le développement de l’asthme chez les allergiques

40% des enfants ayant une rhinite allergique vont développer un asthme s’ils ne sont pas traités. L’asthme est une maladie inflammatoire chronique de la muqueuse bronchique. L’inflammation chronique, associée à une hyperréactivité des voies respiratoires, aboutit à des épisodes répétés de sifflements, d’essoufflement, de sensations de blocage de poitrine et de toux, particulièrement la nuit ou tôt le matin. L’exposition aux allergènes et les infections virales sont les principaux facteurs de déclenchement de l’asthme.

Entre 40 et 80 % des asthmes de l’enfant (selon l’âge) sont ainsi allergiques. Les principaux allergènes incriminés dans l’asthme de l’enfant en France sont les pneumallergènes (acariens en premier lieu puis : pollens, blattes, phanères animales et moisissures).

Le traitement de l’asthme

Le traitement de l’asthme de l’enfant comporte le traitement de fond et la prise en charge des crises. Le traitement de fond fait appel à des médicaments dont la base repose sur  les corticoïdes inhalés, mais aussi à l’éviction des allergènes, la désensibilisation, l’activité physique, la kinésithérapie et l’éducation thérapeutique du patient (ETP). L’ETP est une approche personnalisée qui permet à l’enfant d’avoir une meilleure compréhension :

  • de la maladie et de ses traitements,
  • des facteurs déclenchants,
  • de la technique de prise des médicaments inhalés,
  • de l’utilisation des matériels de mesure du souffle.

La mesure du débit expiratoire de pointe est particulièrement utilisée chez l’enfant pour suivre l’évolution de la maladie. C’est un indicateur de l’efficacité du traitement et un moyen d’anticiper la survenue de crises. Depuis plusieurs années, il existe des écoles de l’asthme dont l’objectif est d’accueillir les enfants malades et de les aider à acquérir des compétences applicables dans la vie de tous les jours via  des ateliers interactifs.

Baby taking respiratory therapy. Hand holding the mask of a nebuliser.

L’asthme du nourrisson

Il est de plus en plus fréquent, sans que l’on sache vraiment en expliquer les raisons. On connaît en revanche les facteurs qui le favorisent : exposition au tabagisme passif, pollution de l’air, allergies et infections virales. L’asthme de l’enfant de moins de 36 mois est défini comme tout épisode de gêne respiratoire avec sifflements qui s’est produit au moins 3 fois depuis la naissance. Lorsqu’un enfant a eu au moins 3 bronchites ou bronchiolites, un asthme doit donc être recherché. Le traitement combine médicaments (corticothérapie surtout) et respect de règles d’hygiène (vaccination de l’entourage contre la grippe, pas d’exposition au tabac, éviter les lieux très fréquentés…). Dans un cas sur deux, l’asthme du nourrisson disparaît dans l’enfance.

Troubles respiratoires du sommeil : Syndrome d’Apnées Obstructives du Sommeil (SAOS) chez l’enfant

2 à 4 % des enfants présentent des troubles respiratoires nocturnes caractérisés par une obstruction intermittente partielle ou complète des voies aériennes supérieures qui perturbe le déroulement normal du sommeil: c’est le syndrome des apnées obstructives du sommeil. Les facteurs de risque du SAOS  sont l’obésité, la prématurité, les infections des voies aériennes supérieures, l’asthme, l’hérédité, les affections allergiques, les maladies neuro-musculaires et les anomalies maxillo-faciales. Le signe principal est le ronflement pendant le sommeil mais d’autres symptômes sont souvent présents comme une mauvaise qualité de sommeil, une énurésie, une fatigue au réveil, des troubles attentionnels diurnes… Les conséquences de ces troubles respiratoires ne sont pas anodines : cassure de la courbe de taille et de poids, troubles des apprentissages, du comportement comme l’hyperactivité ou la somnolence, dysfonction pulmonaire…La première cause des SAOS chez l’enfant est la présence de grosses amygdales ou végétations. Cependant, le fait de les retirer ne guérit pas tous les enfants. La prise en charge doit être multidisciplinaire et à long terme.

SAOS chez l’enfant : le rôle de l’orthopédie dento-faciale

Le facteur premier des SAOS pédiatriques est une hypertrophie des amygdales et végétations. Cependant, d’autres causes existent, notamment des anomalies maxillo-faciales: hypodéveloppement maxillaire et/ou une rétrusion mandibulaire et un espace pharyngé étroit. Ces anomalies morphologiques associées au SAOS peuvent être traitées par disjonction maxillaire ou avec des dispositifs fonctionnels de type activateurs par les orthodontistes. Ces techniques ont montré leur efficacité sur le SAOS pédiatrique.

Four month old baby series

Les ennemis des bronches de nos enfants

Les poumons enfantins, fragiles car immatures, sont confrontés à de nombreuses agressions: virus et bactéries, pollution de l’air extérieur ou de l’air intérieur, tabagisme passif… En outre, tous les enfants ne sont pas égaux face aux problèmes respiratoires: certains ont des prédispositions génétiques à développer des maladies respiratoires et des différences existent entre les enfants des villes et ceux des campagnes, ceux-ci étant moins touchés par l’asthme et les allergies.

Tabac et conséquences sur les bébés et les enfants

Le tabagisme passif représente un important danger pour les poumons des enfants, dès la grossesse. Il est notamment responsable d’une augmentation des cas d’asthme et des  infections respiratoires et d’une aggravation de l’asthme de l’enfant exposé. Une récente analyse et revue de la littérature a conclu à un risque d’asthme accru de 21 % à 85% en cas d’exposition pré-natale ou post-natale au tabac. (1)Une étude récente a révélé que l’asthme non allergique est significativement plus fréquent chez les enfants dont le père a fumé avant la conception. (2) On sait aujourd’hui que le tabagisme passif agit en synergie avec l’hérédité pour le risque d’apparition de l’asthme. (3)

Chez l’enfant asthmatique, le tabagisme passif augmente la fréquence des crises d’asthme et altère la maturation immunitaire. Chez le jeune enfant, l’exposition à la fumée de tabac est aussi associée, à une augmentation du risque d’infection des voies aériennes inferieures (bronchite, pneumonie) et supérieures, et à une irritation des voies respiratoires supérieures, avec des rhino-pharyngites et des otites. Au moins 15 à 26 % des épisodes de maladies respiratoires basses chez les jeunes enfants européens seraient attribuables à une exposition à la fumée de tabac au domicile. (4)

Références

(1)Burke H, Leonardi-Bee J, Hashim A, et al . Prenatal and passive smoke exposure and incidence of asthma and wheeze: systematic review and meta-analysis. Pediatrics 2012; 129: 735–744.

(2) C. Svanes, et al. Parental smoking prior to conception and asthma in offspring. European Respiratory Society International Congress. 2014.

(3) Lajunen TK, Jaakkola JJ, Jaakkola MS. The synergistic effect of heredity and exposure to second-hand smoke on adult-onset asthma. Am J Respir Crit Care Med 2013;188:776-82

(4) Anonymous. European Allergy White Paper: Allergic Diseases as a Public Health Problem. Brussels: The UCB Institute of Allergy. Brussels. 1997

Fumer enceinte, un risque d’asthme pour les petits-enfants

L’exposition au tabac pendant la grossesse entraîne aussi un risque trans-générationnel. Si une grand-mère maternelle avait fumé en attendant sa fille, le risque d’asthme est augmenté chez le petit-enfant.

Référence

Yu-Fen Li, PhD, MPH; Bryan Langholz, PhD; Muhammad T. Salam, MBBS, MS; Frank D. Gilliland, MD, PhD Maternal and Grandmaternal Smoking Patterns Are Associated With Early Childhood Asthma CHEST. 2005;127(4):1232-1241.

Tabagisme passif et pollution

Les enfants sont tout particulièrement sensibles aux effets de la pollution de l’air car ils ont un système immunitaire moins développé, une fréquence respiratoire plus rapide et un besoin plus important d’oxygène donc d’air. Un enfant capte jusqu’à 2 fois plus de polluants qu’un adulte.

Tabagisme passif : intérêt du dosage de la cotinine urinaire

Le dosage de la cotinine urinaire est le relevé de la dose de nicotine présente dans l’urine des fumeurs ou des personnes exposées au tabagisme passif. Ce dosage sert de marqueur d’exposition au tabagisme. Il est plus élevé (jusqu’à 5 fois) chez les enfants dont l’un des parents est fumeur. Le dosage de la cotinine urinaire chez des enfants asthmatiques peut être un élément de motivation à l’arrêt du tabac chez des parents fumeurs. Le dosage de la cotinine urinaire a aussi un intérêt chez une femme fumeuse pendant la grossesse pour motiver l’arrêt du tabac.

Référence

Joseph, D. V.; Jackson, J. A.; Westaway, J.; Taub, N. A.; Petersen, S. A.; Wailoo, M. P. Effect of parental smoking on cotinine levels in newborns, Archives of Disease in Childhood — Fetal & Neonatal Edition;Nov2007, Vol. 92 Issue 6, pF484

Tabagisme voiture et réglementation

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Plusieurs études ont montré que le tabagisme passif était particulièrement dangereux dans les voitures. Le tabac est d’ailleurs un des principaux polluants dans les véhicules automobiles. Les résidus de fumée constituent des particules ultrafines qui peuvent s’incruster dans une voiture pendant des jours voire des mois. Une étude canadienne montre qu’une seule cigarette dans un véhicule fermé peut produire des niveaux plus de 11 fois supérieurs à ceux d’un bar où les gens peuvent fumer. Même en ouvrant les fenêtres ou en faisant fonctionner la ventilation à pleine puissance, le niveau d’exposition reste supérieur à celui d’un espace fermé. Une étude anglaise a montré que fumer en voiture entraine un taux de pollution par les particules fines 3 fois supérieur au taux maximum préconisé par l’OMS.

L’exposition au tabagisme passif dans les voitures est associée chez les enfants à de l’asthme et des pathologies ORL.

A savoir : Depuis avril 2015, en France, il est interdit de fumer dans une voiture en présence d’enfants de moins de 12 ans. Les contrevenants encourent une amende de 68 euros. Il reste un débat sur l’âge fixé: pourquoi ne pas protéger les enfants et adolescents de moins de 18 ans ?

Références

Ott, W., Klepeis, N., & Switzer, P. (2008). Air change rates of motor vehicles and in-vehicle pollutant concentrations from secondhand smoke. J Expo.Sci.Environ.Epidemiol., 18(3), 312-325.

Semple et al, Secondhand smoke in cars: assessing children’s potential exposure during typical journey conditions, Tob Control doi:10.1136/tobaccocontrol-2011-050197

Kabir, Z., Manning, P. J., Holohan, J., Keogan, S., Goodman, P. G., & Clancy, L. (2009). Second-hand smoke exposure in cars and respiratory health effects in children. Eur.Respir.J, 34(3), 629-633.

Pollution de l’air intérieur et de l’air extérieur : conséquences respiratoires pour les enfants

La pollution chimique de l’air intérieur (notamment par les aldéhydes, polluants issus de produits de combustion, de décoration ou encore d’entretien) peut entraîner chez les enfants des problèmes de santé à court et à long terme: irritations de la peau et des yeux, du système pulmonaire, asthme, réactions allergiques. Les polluants biologiques (acariens, allergènes d’animaux…) peuvent provoquer des crises d’asthme, des rhinites, des conjonctivites, de l’eczéma, des larmoiements, des éternuements, une gêne respiratoire… Les particules fines émises par les spores de moisissure, par le chauffage ou par l’air extérieur (gaz d’échappement, fumées…) sont responsables d’allergies respiratoires et peuvent également fragiliser le système respiratoire des enfants de moins de 3 ans.

Sources

www.appa.asso.fr

Mosqueron L, Nedellec V. Inventaire des données françaises sur la qualité de l’air intérieur des bâtiments. Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur 2001 ; 173 ; http://www.air-interieur.org/ userdata/documents/Document_15.pdf.

Jédor B, Ribéron J, Mandin C, Derbez M, Kirchn S. Lieux de vie fréquentés par les enfants : typologie et qualité de l’air intérieur. Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur (OQAI) 2006 ; 95. http://www.cstb.fr/fileadmin/documents/publicationsScientifiques/DOC00004843.pdf.

Pollution de l’air extérieur

Pour le Dr Isabella Annesi-Maesano, Directrice de recherche INSERM, « la qualité de l’air influe de deux façons sur la santé de l’enfant. A court terme, suite à un pic de pollution, elle peut avoir un effet sur la santé respiratoire avec une crise d’asthme. A long terme, des expositions à des concentrations de polluants permanentes dans le temps et sur une longue période peuvent être également à l’origine du développement de certaines pathologies comme de l’asthme ou des allergies ».

Comment protéger les poumons de nos enfants et permettre un bon développement respiratoire ?

La vaccination

La vaccination des enfants et de l’entourage permettent la prévention de maladies respiratoires. Zoom sur les vaccinations à faire.

La vaccination a un rôle majeur dans la prévention des infections respiratoires de l’enfant. Il existe des vaccins recommandés pour tous et des vaccins recommandés dans certaines situations. Vaccins recommandés pour prévenir les infections respiratoires :

– Coqueluche : la vaccination des nourrissons contre la coqueluche comporte deux injections à deux mois d’intervalle, à l’âge de 2 mois (8 semaines) et 4 mois, suivies d’un rappel à l’âge de 11 mois. Un rappel est recommandé à l’âge de 6 ans avec une dose de vaccin diphtérie-tétanos-coqueluche-poliomyélite (DTCaPolio), puis entre 11 et 13 ans.

– Infections à Haemophilus influenzae de type b : la vaccination contre les infections  à Haemophilus influenzae de type b comporte deux injections à 2 mois d’intervalle à l’âge de 2 mois (8 semaines) et 4 mois, suivies d’un rappel à l’âge de 11 mois.

– Infections invasives à pneumocoque (IIP) : la vaccination spécifique est recommandée pour l’ensemble des enfants âgés de moins de 2 ans selon le schéma vaccinal à deux injections à 2 mois d’intervalle à l’âge de 2 mois (8 semaines) et 4 mois suivies d’un rappel à l’âge de 11 mois.

– Rougeole : pour les nourrissons, il est recommandé une dose du vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole à l’âge de 12 mois et une seconde dose entre 16 et 18 mois.

Source : Calendrier des vaccinations et recommandations vaccinales 2015

Vaccination recommandée dans certains cas :

La vaccination contre la tuberculose (BCG) n’est plus obligatoire depuis 2007 mais pour les enfants vivant dans un milieu à risque élevé de tuberculose, la vaccination est fortement recommandée dès la naissance. Ce sont en effet les nourrissons les plus à même de développer une tuberculose maladie et de faire des formes graves. Le BCG peut être administré jusqu’à l’âge de 15 ans chez les enfants à risque n’ayant pas été vaccinés.

Quels sont les enfants à risque de tuberculose?

Ce sont les enfants :

  • résidant en Île-de-France (quels que soient le département et les conditions de vie), en Guyane ou à Mayotte ;
  • nés dans un pays de forte endémie tuberculeuse (dont Afrique, Asie, Amérique centrale et du Sud, Proche et Moyen-Orient, Portugal, Russie et pays d’Europe de l’Est (Bulgarie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie…) ;
  • dont au moins un des parents est originaire d’un pays de forte endémie ;
  • devant séjourner au moins un mois dans un pays de forte endémie ;
  • ayant des antécédents familiaux de tuberculose (collatéraux ou ascendants directs) ;
  • dont la situation est jugée par le médecin, à risque d’exposition au bacille tuberculeux, notamment enfants vivant dans des conditions de logement défavorables (habitat précaire ou surpeuplé) ou socio-économiques défavorables ou précaires ou en contact régulier avec des adultes originaires d’un pays de forte endémie.

Les parents dont les enfants ne répondent pas à ces critères peuvent aussi demander la vaccination BCG.

A savoir : Le BCG chez l’enfant prévient 75% des formes graves de tuberculose (méningite et miliaire pulmonaire) et au moins 50% de l’ensemble des formes, essentiellement pulmonaires, pendant les 10 à 15 ans qui suivent la vaccination. Les enquêtes récentes montrent que le taux de couverture vaccinale est encore insuffisant dans les populations à risque hors Ile-de-France. Or, une couverture vaccinale insuffisante chez les enfants à risque entrainer une augmentation du nombre de tuberculose et de formes graves chez l’enfant

Source :Point sur la vaccination- La tuberculose, Inpes, 2013

Pour protéger les enfants, il faut que les proches soient à jour de leurs vaccins

La stratégie dite du « cocooning » est nécessaire pour protéger les bébés et les enfants. Elle consiste à vérifier que l’entourage de l’enfant (parents, frères et sœurs, grands-parents, nourrices…) est à jour dans ses vaccins, notamment pour ceux contre la rougeole, la varicelle, la grippe et tout particulièrement la coqueluche,  et à faire vacciner ses proches le cas échéant. Ce sont en effet les premières sources de transmission des maladies aux bébés.

Les vaccins sont un bon moyen de prévention au niveau individuel et collectif mais cela ne suffit pas. L’hygiène est indispensable pour limiter les risques d’infections respiratoires.

L’hygiène préventive 

Les virus respiratoires (grippes, bronchites, bronchiole…) se transmettent par les postillons, les éternuements, la toux, la salive et les mains. Pour limiter les risques d’infection, il faut respecter quelques gestes simples. Le lavage des mains joue notamment un rôle clé́ dans l’hygiène puisque c’est par les mains que se propage la majeure partie des maladies infectieuses. C’est pourquoi il est important de se laver les mains régulièrement et en particulier

  • après être allé́ aux toilettes,
  • après avoir changé une couche ou aidé un enfant à aller aux toilettes,
  • après avoir touché́ un animal ou ramassé ses excréments,
  • à chaque fois que les mains sont sales
  • après chaque sortie dans un lieu public
  • avant de toucher de la nourriture.

Comment bien se laver les mains ?

La méthode employée est tout aussi importante que le geste car si un lavage des mains sans savon est dénué́ d’intérêt, le savon en tant que tel ne suffit pas à éliminer les germes. C’est la combinaison du savonnage, du frottage, du rinçage et du séchage qui permet de s’en débarrasser.

Lien : http://www.inpes.sante.fr/grippeAH1N1/pdf/affichette-hygiene-des-mains.pdf

Pour éviter la propagation des infections virales respiratoires, il est aussi important d’utiliser des mouchoirs en papier jetables, de les jeter dans une poubelle et de se laver les mains ensuite. Il est important de donner aux enfants également aux enfants d’autres bonnes habitudes : Il faut leur expliquer la nécessité de se moucher ainsi que les bons gestes pour le faire et leur  apprendre à toujours avoir un mouchoir jetable sur eux  Il faut leur apprendre à mettre la main devant la bouche lorsqu’ils toussent et à se laver les mains plus souvent lorsqu’ils ont le nez qui coule ou lorsqu’ils toussent.

Protéger les enfants de la pollution de l’air intérieur

– Ne pas fumer à l’intérieur,

– Aérer et ventiler pour libérer au maximum l’intérieur des polluants chimiques et des bios contaminants (notamment les allergènes)

– Eviter tous les parfums d’intérieur: bougies, diffuseurs de parfum…)

L’activité physique, essentielle pour un bon développement du système respiratoire !

L’activité physique est indispensable pour une bonne santé respiratoire. Durant l’enfance, elle contribue à la formation de l’appareil respiratoire, favorise le développement de la cage thoracique, augmente la capacité respiratoire et diminue le risque d’essoufflement en accroissant la ventilation et la circulation dans les bronches et les poumons. En outre, l’exercice physique aide à contrôler son souffle ce qui permet à l’enfant de respirer mieux et plus efficacement.

A tout âge, il est donc important d’inciter les enfants à faire des activités physiques plutôt que de rester sédentaires: marcher, jouer au ballon, faire du vélo…, mais aussi de leur faire pratiquer un sport adapté à son âge et à ses goûts.

Enfants à la campagne: moins d’allergies !

De nombreuses études récentes montrent que les enfants qui vivent à la campagne ont moins d’allergies respiratoires et d’asthme que les petits citadins et que cette protection se poursuit à l’âge adulte. L’hypothèse pour expliquer ce phénomène: les enfants vivant à la campagne sont exposés à plus de micro-organismes (bactéries, champignons) dès leur vie in-utero. Cela faciliterait le développement d’une meilleure immunité.

Il a aussi été montré que la fréquence des maladies allergiques était moins importante chez les enfants vivant dans des familles nombreuses et qui développent davantage d’infections.

Des chercheurs s’appuient sur cette hypothèse pour expliquer l’augmentation des allergies: trop rarement exposé à des agents pathogènes extérieurs pendant la petite enfance, le système immunitaire se retournerait contre toutes les protéines communes du quotidien.

Mieux vaut donc ne pas surprotéger les enfants et ne pas les faire vivre dans une bulle!

Cependant, cette hypothèse ne peut expliquer à elle seule la hausse des cas d’asthme et d’allergies respiratoires. La pollution de l’air et les modifications dans notre régime alimentaire (notamment car il y a moins de bactéries dans notre nourriture) joueraient un rôle :stimulation moindre des lymphocytes TH1 qui protègeraient des maladies allergiques- joueraient également un rôle.

Références

Exposure to Environmental Microorganisms and Childhood Asthma

Markus J. Ege, M.D., Melanie Mayer, Ph.D., Anne-Cécile Normand, Ph.D., Jon Genuneit, M.D., William O.C.M. Cookson, M.D., D.Phil., Charlotte Braun-Fahrländer, M.D., Dick Heederik, Ph.D., Renaud Piarroux, M.D., Ph.D., and Erika von Mutius, M.D. for the GABRIELA Transregio 22 Study Group

N Engl J Med 2011; 364:701-709 February 24, 2011

E.von Mutius. Clinical Reviews in allergy and immunology. J Allergy Clin Immunol 2009 ;123 :3-11

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Allaitement et prévention de l’allergie

Dr Isabelle Annesi-Maesano, Directeur de recherche Inserm, responsable de l’équipe Épidémiologie des maladies allergiques respiratoires ayant une reçu une subvention de la Fondation du Souffle : « Selon la composition du lait maternel, l’équipe a trouvé que celui-ci pouvait être protecteur de l’asthme et des allergies ou au contraire facteur de risque d’allergies. » Il s’agit d’une voie de recherche en cours d’exploration qui justifie de mener d’autres études dans ce domaine..

 

Fiche santé

Toux de l’enfant: différents aspects et conduite à tenir 

Dr Luc Réfabert, Pneumo-allergo pédiatre Necker

« Il faut différencier les toux isolées des toux non isolées qui s’accompagnent de gêne respiratoire.

Le problème des parents et des médecins est de faire la différence entre une toux normale, symptôme le plus fréquent, et une toux anormale, et cela qu’elle soit sèche ou grasse. La toux est le symptôme le plus fréquent en pédiatrie. La toux chez l’enfant est le plus souvent liée à une infection virale banale et disparaît spontanément. Entre 35 et 40 % des enfants de moins de 6 ans continuent de tousser 10 jours après le début d’un rhume et 10% toussent encore 25 jours après le début de l’infection.

Il faut s’inquiéter si la toux dure : depuis plus de 4 semaines / ou plus de 3 mois par an depuis plus de 2 ans / ou plus d’une semaine par mois depuis plus de 6 mois / ou plus de 2 épisodes par an de plus de 2 semaines  et si elle s’accompagne d’autres symptômes. Le contexte joue sur la conduite à tenir: si un nourrisson de moins de 3 mois tousse, il faut consulter tout de suite. Pareil si un enfant asthmatique tousse.

N’importe quel parent doit consulter lorsqu’il a un doute. C’est au médecin de faire la part des choses.

Les antitussifs sont inutiles: ils sont inefficaces dans le meilleur des cas. Ce n’est pas non plus la peine de donner des quantités importantes de miel à un enfant qui tousse: l’efficacité n’est pas démontrée et cela apporte beaucoup de sucre. »

Dans certains cas, le médecin peut préconiser des séances de kinésithérapie respiratoire.


Mis à jour le 4 avril 2017